Vaclav Havel

Dossier réalisé par Dominique Girardot pour le Centre de ressources sur la non violence. Les opinions exprimées n’engagent que leur auteur.

Vaclav Havel est né à Prague en 1936 et sa vie, que Milan Kundera qualifiera d’«œuvre d’art », épouse les aspérités de la deuxième moitié du xxe siècle en Europe centrale. Dramaturge de talent, il devient un dissident charismatique, plusieurs fois emprisonné, que la Révolution de velours portera au pouvoir. Ce « président insolite », de la Tchécoslovaquie de 1990 à 1992 jusqu’à la scission (qu’il désapprouve) puis de la République tchèque de 1993 à 2003, assume une charge politique qu’il n’a pas recherchée. Cet intellectuel conséquent accepte de relever l’obligation qui lui est faite, incarnant ainsi cette pensée du philosophe tchèque Jan Patocka, co-fondateur avec lui de la Charte 77 : « L’épreuve d’un homme ne consiste pas dans la façon dont il réalise ce qu’il a décidé de faire, mais dans la façon dont il réalise le rôle que le destin lui a assigné ».

L’intérêt de lire Vaclav Havel aujourd’hui n’est pas uniquement d’ordre historique. Ce n’est certes pas rien d’être introduit aux luttes des dissidents et à l’effondrement de l’ex-bloc soviétique par l’un de ses principaux acteurs ; mais il s’agit de bien plus que cela, car son engagement et sa réflexion ont une portée qui déborde largement ce cadre historique et géographique. V. Havel voit dans le totalitarisme l’excroissance monstrueuse d’un mal bien plus général, qui gangrène aussi les démocraties occidentales : celui que produit l’idéal moderne d’asservissement de la nature, avec la logique de maîtrise et la soif de domination – de la nature, du monde, de l’homme – qui en découlent. C’est ainsi qu’il qualifie le système post-totalitaire d’ « image caricaturale de la vie moderne en général » : il est « une sorte de memento pour l’Occident, lui rappelant sa tendance latente »[1] ; il constitue donc pour l’Occident un avertissement, un appel à vivre autrement.

Et l’on a alors la surprise d’éprouver à quel point Vaclav Havel, même lorsqu’il écrit dans la Tchécoslovaquie d’avant la chute du Mur de Berlin et la Révolution de velours, s’adresse à nous, citoyens des démocraties occidentales en ce début de XXIe siècle.

Pour l’essentiel, Vaclav Havel répond à notre sentiment d’impuissance, d’où s’origine notre tendance au découragement : à l’ère de la mondialisation, d’une économie émancipée de tout principe politique et du désastre écologique, notamment, toute action peut paraître dérisoire. C’est alors le vertige de l’absurde qui nous guette : Vaclav Havel a mis en scène dans son théâtre ces vies désolées, livrées à l’absence de sens, subissant des événements sur lesquels elles n’ont pas prise.

Surtout, sa vie même et ses écrits affirment qu’il vaut toujours la peine d’agir. S’inspirant de Patocka, Vaclav Havel pose l’inconditionnalité d’un principe éthique de l’action : que nous ayons ou pas des chances d’aboutir, il y a des actions que nous devons entreprendre, parce que ce qui compte par-dessus tout, c’est de « vivre dans la vérité ». Ainsi, la Charte 77 n’est pas l’aboutissement « d’un raisonnement logique [sous-entendu : lequel aurait plutôt conduit à renoncer à toute action] ». Elle est « issue d’une volonté de résister à la pression dépravante de l’esprit du temps » : une action avec un fondement éthique, c’est-à-dire faite pour elle-même, sans préoccupation de ses résultats, mais appuyée sur la « conviction que le bien comme tel a toujours un sens ». Une telle action « vaut toujours d’être tentée, quand bien même elle échouerait »[2].

Il y a, développe V. Havel, deux façons d’attendre. On peut attendre Godot – qui ne viendra jamais ; c’est ce qui arrivera si personne ne se décide à agir : « Si nous devions tous attendre que l’autre commence, l’attente n’en finirait pas ». La réflexion de V. Havel constitue un appel à notre responsabilité : « Chacun d’entre nous doit commencer par lui-même »[3] et s’engager alors dans l’autre forme d’attente : « l’attente en tant que patience »[4], une attente forte de la conviction que témoigner de la vérité a une valeur en soi et portera ses fruits… un jour, nul ne sait quand.

Mais quelle vérité ? Vaclav Havel, qui martèle si haut l’exigence de « vivre dans la vérité », est tout sauf un dogmatique. C’est pourquoi cette exigence éthique, en ce sens affaire individuelle, est le prélude de la vie politique, affaire commune : témoigner parmi les autres et avec eux, parce que l’engagement de la vérité n’a de sens que dans la pluralité. La réalité politique ainsi définie n’est donc pas le lieu d’une absence de conflit – nous éprouvons, expérimentons, des vérités différentes – mais celui où les divergences de points de vue sont exposées et discutées, dans un processus infini. La société est vivante : pas de risque que les conflits s’éteignent ; mais une chance qu’ils se règlent autrement que par la domination et la guerre.

Vivre dans la vérité, c’est ne pas transiger sur les moyens : refuser de justifier des moyens indignes par l’impatience d’atteindre une fin. Ne pas se payer de mots : repousser les chatoiements du langage, la phraséologie qui masque nos échecs et compromissions. Se tenir au plus près d’un rapport authentique à la réalité, c’est-à-dire : penser sans oubli du concret (qui est toujours aussi reconnaissance du fait que nous ne sommes ni tout-puissants, ni omniscients), témoigner de sa propre expérience du monde, agir en conséquence ; et patienter – espérer que d’autres en feront autant, que ce que nous disons et faisons sera accueilli. La vie et la réflexion de V. Havel font, en définitive, la démonstration que la combativité et le souci du concret sont inséparables de la non violence.

 

 

Présentation d’une sélection des ouvrages de et sur Vaclav Havel dont le Centre de Ressources dispose :

Essais politiques, Calmann-Lévy, 1989, coll. Liberté de l’esprit, 255 p. Recueils d’essais écrits entre 1975 et 1984.  Si vous devez ne lire qu’un livre de Havel, choisissez celui-ci !

Lettre ouverte à Gustav Husak [1975 – Essais politiques, pp.7-40].

S’adressant au secrétaire général du Parti communiste, qui sera porté à la présidence peu après, Havel dénonce la « normalisation »[5] comme un état de dégradation sociale caractérisé par le règne de la peur – une peur insidieuse, qui couve sous les allures satisfaites et confiantes. Par cette peur, chacun participe à « la conscience collective d’un danger permanent omniprésent ». Conséquence importante : l’évidence tend à imposer l’adaptation comme le seul moyen de défense efficace. Cette situation produit le repli sur la sphère privée, encouragé par le pouvoir : « En fixant toute l’attention de l’individu à ‘ras de terre’ sur ses intérêts de consommateur, on tente de le priver de la capacité de percevoir son degré croissant d’asservissement spirituel, politique et moral […] Le danger qu’il soit tenté par l’un de ses innombrables et imprévisibles virtualités qu’en tant qu’homme il recèle doit être étouffé dans l’œuf en l’enfermant dans l’horizon minable de la consommation ». Pour assurer sa stabilité, le pouvoir impose un « ordre sans vie » et « encourage systématiquement ce qu’il y a de pire en nous : l’égoïsme, l’indifférence, la lâcheté, la peur, la résignation, le désir de toujours se tirer d’affaire pour son propre compte sans égards pour les conséquences générales ».

… Ca vous rappelle quelque chose ?!?

Le Sens de la Charte 77 [1986 – Essais politiques, pp.41-64].

« Tout pouvoir est jusqu’à un certain point l’œuvre de ceux qu’il régente » : c’est le thème central de cet essai – la référence à La Boétie est implicite. Initiée par la protestation suite à l’emprisonnement de musiciens et proches d’un groupe de rock, proposée à la signature entre Noël et le jour de l’an pour que les nombreuses visites n’attirent pas l’attention, la Charte 77 ne proposait pas de renverser le régime, même si la dynamique qu’elle a impulsé a abouti à son effondrement ; elle appelait le gouvernement, qui venait de signer les accords d’Helsinki, au respect de son engagement en faveur des droits de l’homme. Elle visait à la « résurrection de l’espace public » par l’affirmation têtue que dire son mot est un droit et un devoir qui ont « un sens, toujours, en quelque circonstance ». Une initiative civique, au « pouvoir politique explosif » (voir essai suivant, Le Pouvoir des sans pouvoir).

Le Pouvoir des sans pouvoir [1978 – Essais politiques, pp.65-158]. Si vous devez ne lire qu’un des essais, choisissez celui-ci !

L’essai commence par la proposition de nommer « post-totalitaire » le système totalitaire tel qu’il existe depuis l’après guerre : non qu’il ne soit plus totalitaire, mais il se distingue du modèle classique en ce qu’il est beaucoup plus stable et requiert bien moins l’usage de la force. L’idéologie y fonctionne comme une religion séculière. Un usage ritualisé du langage recouvre la réalité d’un voile de dissimulation et de mensonge et maintient un simulacre de relation au monde, alors que tous sont plongés dans une pseudo-réalité.

L’auteur illustre ce qu’il nomme l’« autototalitarisme de la société » d’une parabole : un marchand de légumes et une employée de bureau placent sur leurs lieux de travail respectifs une banderole affirmant « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ». Ils espèrent se mettre à l’abri en faisant « ce qui se fait, ce qu’il faut faire » ; mais ils n’affichent pas « J’ai peur, c’est pourquoi j’obéis sans restrictions » : le message idéologique vient recouvrir l’humiliation et la rendre supportable – « c’est vrai, pourquoi les prolétaires de tous les pays ne pourraient-ils pas s’unir ? ». Le pays se couvre de pancartes que personne ne lit mais que tous jugent nécessaires parce que non seulement elles abritent d’une sanction mais surtout elles protègent chacun d’une révélation de sa propre humiliation, du fait que son intégration dans la société se fait au prix du renoncement à son intégrité et son identité au profit de l’identité du système. Lequel dès lors a moins besoin pour fonctionner de personnalités que de phraseurs et de marionnettes…

Les actes qui manifestent le refus de vivre selon les mensonges de l’idéologie – ce que V. Havel nomme, à la suite de Patocka, « la vie dans la vérité » – sont dotés d’un « pouvoir politique explosif et incalculable», qui a peu à voir avec le nombre de ceux qui les posent. Ce qui confère un réel pouvoir à des actions qui peuvent sembler vaincues d’avance si on ne tient compte que du rapport de forces en présence, c’est l’aspiration inaliénable, présente en chaque être humain, à une vie authentique : il s’agit alors de prendre appui sur « cette ouverture secrète sur la vérité » ; chacun de nous est ainsi accessible à la révélation que l’idéologie lui a fait choisir des « solutions » inauthentiques à des aspirations authentiques. Toute manifestation authentiquement vivante est porteuse de cette puissance de révélation ; c’est pourquoi le totalitarisme s’emploie à l’étouffer, fût-elle en apparence sans aucune visée ni conséquence politique – s’en prenant par exemple aux membres d’un groupe de rock. Le terrain de contestation de la violence moderne est ainsi prépolitique : existentiel et éthique, écrit V. Havel – culturel, est-on tenté d’ajouter. La dissidence rassemble des personnalités aux opinions politiques disparates ; leur point commun réside dans la défense des individus et des « intérêts de la vie », ramenant ainsi la politique à ce qui devrait toujours constituer son point de départ et d’ancrage : l’individu concret et son expérience singulière du monde.

La fin de l’essai est consacrée à discuter du choix de la légalité comme voie du combat : n’est-ce pas un leurre ? Pire encore, n’est-ce pas aider le pouvoir à maintenir la façade ? Bien au contraire, selon V. Havel, la voie de la légalité d’une part permet de manifester le refus de la violence (en tout cas de la violence comme principe), d’autre part constitue une attaque efficace : prenant le système au mot, elle fait apparaître ce qui se dissimule derrière la légalité quand celle-ci n’est plus qu’un rituel et un alibi.

Histoires et totalitarisme[1987 – Essais politiques, pp.159-188].

Le principe d’unicité du totalitarisme le dote d’une orientation « anti-récits » et « anti-histoires » , analyse V. Havel, qui produit une néantisation de l’événement et de la singularité. Ainsi, le temps historique, temps de la vie, se nécrose : le sentiment d’historicité disparaît au profit de la valse des commémorations et célébrations, du cirque des élections sans débat, nous engageant dans un temps cyclique plutôt que linéaire. Mais aussi, la certitude de détenir la vérité totale étouffe toute singularité, toute surprise : le système se fait « producteur de masse de la banalité », il engage la société dans un « processus de médiocratisation ». La vie est dépouillée de sa grandeur véritable, et l’entreprise de néantisation réduit la culture à la description anecdotique de la trivialité quotidienne.

L’essai se termine par la description saisissante de cette humanité livrée sans histoires à l’instabilité changeante du présent : des individus en proie à un « stress indéfini commun » parce que « forcés de confronter quotidiennement l’absurdité et le néant ». D’où l’impérative nécessité de témoigner et de mettre en récits cette vie-là – l’impérative nécessité d’une culture véritable.

Anatomie d’une réticence[ 1985 – Essais politiques, pp.189-220].

Un essai qui se penche sur la réticence des dissidents, régulièrement sollicités par des mouvements pacifistes occidentaux, à partager cet engouement pour la paix. Ce n’est pas par dégoût de la paix elle-même, bien entendu ; c’est que, explique l’auteur, la « lutte pour la paix » est un constituant majeur de la façade idéologique du système totalitaire. L’expérience du totalitarisme a ainsi renforcé le scepticisme dont V. Havel fait une caractéristique de l’Europe centrale. A cela s’ajoute l’expérience historique de la capitulation des démocraties occidentales face aux avancées d’Hitler. La question importante, souligne V. Havel, est : à quelle paix veut-on faire place ? Une « véritable paix », qui ne soit pas « un état d’armistice désarmé ou de ‘non-guerre’ » exige des changements politiques profonds. Car, puisque « une population manipulée peut être entraînée dans n’importe quelle aventure militaire », la paix ne peut exister qu’entre des peuples libres et indépendants. La démocratie est la condition de la paix.

La Politique et la conscience [1984 – Essais politiques, pp.221-248].

Discours rédigé à l’occasion de la réception du diplôme de docteur honoris causa, décerné par l’Université de Toulouse-Le Mirail à Vaclav Havel en 1984.

V. Havel livre dans ce discours une analyse saisissante de la modernité. Partant du constat des désastres politiques et écologiques qui marquent l’époque, il s’interroge sur les représentations qui y sont à l’œuvre, et incrimine « l’orgueil de l’homme de l’ère scientifique », allié à la puissance technique dont il se dote. Tendus vers la domination de la nature, les hommes ont oublié qu’ils n’étaient pas Dieu, ils se sont engagés dans des représentations qui leur ont fait quitter le sol concret de la vie : l’homme moderne vit, dans le déni de la transcendance, au milieu de fictions. Fiction d’un bien commun que l’on pourrait atteindre par des procédures techniques, d’une solution technique à tous les problèmes, d’une toute-puissance de la rationalité technique. A l’époque moderne, la raison s’émancipe de l’homme concret : nous sommes engagés dans un processus de dépersonnalisation, dans des rapports fonctionnels, qui diluent la responsabilité personnelle. « Les systèmes totalitaires, écrit Havel, représentent un avertissement plus puissant que le rationalisme occidental ne veut l’admettre. En effet, ils sont avant tout un miroir convexe des conséquences de ce rationalisme. Une image grotesquement agrandie de ses propres tendances profondes. La pointe extrême de son évolution et le fruit effrayant de son expansion. Ils lui offrent des renseignements précieux sur sa propre crise ». La question qui se pose, tant à l’est qu’à l’ouest, n’est pas celle du choix entre capitalisme et socialisme, mais celle de la place qui sera faite à l’homme concret, au monde naturel, à l’expérience réelle. Le « renouveau de la responsabilité humaine » est selon V. Havel le seul vrai rempart contre les maux terribles de la modernité ; il plaide pour une « politique antipolitique » : une politique comme morale agissante. L’éthique ancrée dans l’expérience concrète comme base de l’activité politique : un thème majeur de sa pensée. Le discours se clôt sur un appel à une « communauté des ébranlés[6]» : de ceux, loin de trouver leurs certitudes dans le prêt à penser de l’idéologie, en sont bouleversés et lui opposent leur propre humanité. Il s’agirait de « faire une force politique réelle de la conscience humaine ».

L’angoisse de la liberté [1992], Editions de l’aube, 1994, coll. Essai, 247 p. Recueil de discours prononcés de 1968 à 1992 (mais pour la plupart – 21 sur 26 – entre 1990 et 1992). Deux discours se détachent nettement de l’ensemble :

Discours à la conférence des écrivains tchécoslovaques, Prague, le 9 juin 1965 [pp.9-26].

Une réflexion incisive et audacieuse, un petit bijou d’impertinence ! Havel délivre une description minutieuse des effets délétères du langage lorsque son usage est ritualisé par l’idéologie. C’est toute une mécanique de la « dissolution du concret » qui est ainsi exposée. Havel nomme « pensée évasive » cette pensée qui, s’abîmant dans la phrase, les mots ronflants, s’évade de la réalité. L’abstraction de ce mode de pensée, dévolu aux « interprétations aprioriques du monde », ronge la société : il est ce qui permet de composer inauthentiquement, d’accepter les compromissions, finalement de vivre dans le mensonge. Les bases ainsi posées, il développe ensuite – très clairement ! -son idée des rapports entre littérature et politique : celle-ci ne peut donner son programme et ses thèmes à celle-la sans la dénaturer jusqu’à la détruire.

Allocution à l’Académie des sciences morales et politiques, Paris, le 27 octobre 1992 [pp.241-248].

Une belle méditation sur l’attente et ses deux modalités.

Attendre Godot : c’est l’espoir de ceux qui ont perdu l’espoir, et qui attendent « un vague salut venant de l’extérieur » ; mais Godot ne vient pas – il n’existe pas.

Attendre au sens de patienter : faire ce que l’on doit faire, sans souci d’efficacité, sans calcul, mais avec la conviction que ce que l’on a semé germera un jour, un jour que nul ne sait. Etre, dans un état d’espérance.

Méditations d’été [1991], Editions de l’aube, 1992, coll. Essai, 164 p.

Vaclav Havel s’adresse à ses concitoyens, au terme des deux ans de sa première présidence (transitoire), dont il dresse un bilan. Il livre ainsi ses réflexions sur la partition de la Tchécoslovaquie, qu’il voudrait conjurer ; sur l’économie de marché, qui ne signifie pas selon lui que le rôle de l’Etat se limite à fixer les règles de la concurrence ; sur les relations internationales, l’intégration dans l’Union européenne et le bouleversement des stratégies militaires. Un dernier chapitre aborde les désordres auxquels la société tchécoslovaque est confrontée depuis le changement de régime : « Le retour de la liberté dans un milieu en profonde décomposition morale a provoqué […] une explosion immense, quasiment éblouissante, de tous les défauts humains imaginables ». Criminalité, racisme, nationalisme, fanatisme, intrigues, escroqueries, mafias : le bilan est lourd… et amer. V. Havel revient au thème qui lui est cher : le soubassement moral de la politique, son ancrage dans la responsabilité individuelle de l’individu concret ; il en appelle à une « culture de la vie », et à un « Etat spirituel » : un Etat de droit et démocratique ne peut exister s’il n’est aussi un « Etat humain ».

Procès à Prague : le v.o.n.s., comité de défense des personnes injustement poursuivies, devant ses juges : 22-23 octobre 1979, Maspéro, 1980, 190 p.

Le V.O.N.S. est créé en 1978 par des signataires de la Charte 77, avec pour but d’ « étudier le cas des gens poursuivis ou emprisonnés pour avoir exprimé leur opinion. Celui aussi des victimes de l’arbitraire policier et judiciaire ». Peu nombreux mais très actifs, dotés d’un réseau de relations à l’Ouest, ses membres collectent des informations, sortent les accusés ou prisonniers de leur isolement, font connaître des jugements jusque là confidentiels. Le pouvoir les accuse de divulguer une propagande calomniatrice à l’étranger. Six accusés comparaissent – et écopent de peines de prison ; quatre ans et demi pour Vaclav Havel. L’ouvrage a été rédigé à partir des notes transmises par des proches ayant assisté au procès, auxquelles sont jointes des annexes (p. 105-190 : présentation de cinq autres accusés, réquisitoire, témoignage sur les conditions de détention, lettre de la FIDH, etc.).

La Révolution de velours en Tchécoslovaquie, Yves Barelli, Editions de l’aube, 1990, coll. Regards croisés, 201 p.

La Révolution de velours racontée par l’un de ses témoins directs. Après un bref rappel historique, figurent une chronique jour pour jour des événements, puis une présentation des principaux acteurs. Une série d’annexes (texte de la Charte 77Manifeste constitutif du Forum civique, Huit règles du dialogue proposées par le Forum civique, etc.) complètent utilement l’ensemble. Passionnant.

Vaclav Havel : la force des sans-pouvoir, Jean PICQ, Michalon, 2000, coll. Le Bien commun, 122 p.

Un texte court mais dense, qui pointe l’essentiel en peu de mots. Les nombreuses références aux divers ouvrages de Vaclav Havel en font une excellente introduction à son œuvre.

Vaclav Havel : la patience de la vérité, Bruno Bonfard, Desclée de Brower, 1994, 126 p.

Une biographie rigoureuse et bien documentée. Bien pour commencer.

Vaclav Havel : la biographie, Eda Kriseova, Editions de l’aube, 1991, coll. Regards croisés, 380 p.

Rédigée par une proche de Vaclav Havel – porte parole du Forum civique, elle fut aussi conseillère du Président – cette biographie donne, par petites touches sensibles, un éclairage non seulement sur la vie de Vaclav Havel mais sur la vie en Tchécoslovaquie, de la Première République à la Révolution de velours.


[1] Le Pouvoir des sans pouvoir, in Essais politiques, p. 86 et p. 234.

[2] Citations extraites de Le sens de la Charte 77, in Essais politiques, p. 48-49.

[3] Cette citation et la précédente sont extraites de L’Angoisse de la liberté, p. 58.

[4] L’Angoisse de la liberté, p. 242.

[5] Reprise en main par le régime communiste après le Printemps de Prague.

[6] Hommage de V. Havel à Jan Patocka, qui parlait de « solidarité des ébranlés », à propos de la Charte 77.

 

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Gandhi, un simple être humain, un avocat, avec ses défauts qui a fait un parcours vers la non-violence. Il a pu employer des propos qui peuvent nous paraître polémiques, racistes. Mais il a su être un guide aussi, contre ces défauts-là.

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