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Pôle réflexion - Articles sur la non-violence

Eloge des faucheurs volontaires

Par François Roux,  avocat à Montpellier.

Ces citoyens non violents qui agissent contre les cultures d'OGM se battent pour nous tous.

Mais qui sont-ils (elles), ces «faucheuses et faucheurs volontaires» d'OGM ? Il s'appelle Jean Baptiste et il a plus de 70 ans ; elle s'appelle Candis et a tout juste 7 ans... Ils sont paysans, fonctionnaires, professions libérales, chômeurs, artistes, élus, connus (José Bové, Noël Mamère, Gilles Lemaire, Gérard Onesta) ou inconnus du grand public. Ils forment ce mouvement de résistance né lors du rassemblement du Larzac 2003, suite à l'appel lancé par Jean Baptiste Libouban de la Communauté non violente de Lanza del Vasto. Ils ont choisi d'agir par la désobéissance civile non-violente. Face au diktat des pouvoirs publics et des firmes agroalimentaires qui, pour des questions de compétitivité, de brevets, de profits, ont choisi sans concertation de prendre le risque d'essais, et donc de contamination, d'OGM en plein champ, ces citoyennes et citoyens ont estimé qu'il était de leur devoir d'agir. Les protestations, manifestations, pétitions n'ayant abouti à rien, ils ont décidé de passer à l'action et d'empêcher concrètement que ces essais, comme c'est leur finalité, «interagissent» dans l'environnement, au risque de polluer les cultures traditionnelles, et notamment les cultures biologiques.

Une question : combien de vies auraient-elles été sauvées si, il y a quinze ans, un tel mouvement, agissant avec les mêmes moyens, était allé détruire les stocks de sang contaminé par le virus du sida et transfusé pour des questions de profit aux hémophiles ? Se serait-il trouvé un ministre pour accuser ces militants de «brutalité» ? ! Où est la brutalité monsieur le Ministre, quand vous envoyez vos forces de l'ordre surarmées face à ces militants aux mains nues et au visage découvert, quand vos forces tirent à tir tendu (ce qui est rigoureusement interdit) des grenades lacrymogènes et assourdissantes, sur des citoyens non-violents qui n'ont pour eux que la force de leur engagement ? Les images des télés parlent d'elles-mêmes et il faudra bien que vous expliquiez à la justice quelles «armes» ont été utilisées, qui à Auch ont même tué le chien policier que les forces de l'ordre avaient lancé contre les faucheurs.

Qu'il nous soit permis face à un tel déchaînement de violence policière d'exprimer notre solidarité et notre admiration à ces femmes et ces hommes qui, avec abnégation et détermination, se révoltent en notre nom, qui prennent pour nous le risque de subir d'indignes brutalités. Leur résistance par l'action non-violente mérite notre respect et je leur dis : merci. Merci pour nos libertés, merci de prouver qu'il est encore possible de lutter pour défendre nos droits et qu'il est possible de le faire sans utiliser soi-même la violence. Merci des victoires que votre engagement a déjà permis d'obtenir.

Car quoi que fasse ce gouvernement autiste, les OGM ont déjà perdu en France. Les sondages prouvent que 70 % des Européens n'en veulent pas et, grâce aux actions menées depuis plusieurs années, notamment par la Confédération paysanne et José Bové, les essais en plein champ ont considérablement diminué sur le territoire français.

Messieurs les chercheurs, s'il vous plaît, laissez la nature indemne ; rentrez en vos laboratoires poursuivre en milieu confiné les essais sur ces chimères, que les firmes abandonneront d'elles-mêmes dès que ce ne sera plus rentable pour elles... et laissez les militants rentrer chez eux «entiers». D'autres rendez-vous, judiciaires cette fois-ci, les attendent, puisque, outre le risque de subir des violences, ils savent que leurs actions de désobéissance peuvent les conduire devant les tribunaux, voire en prison ; José Bové notamment en connaît le prix, ainsi que tous ceux qui ont déjà des peines de prison avec sursis.

Et cela pour nous tous, pour que nous puissions avoir demain une nourriture de qualité, produite par une agriculture de qualité et par des femmes et des hommes de grande qualité !

Libération, jeudi 30 septembre 2004