Nouvelles de la Marche en Inde : Victoire

Communiqué de Presse (2) :

Jan Satyagraha – Marche pour la Justice (Inde) – (11 octobre 2012)

 

Télécharger l’ Accord sur la Réforme Agraire entre le ministère du développement rural (GOI – Govern. of India) et Jan Satyagraha

Témoignage :

JAN SATYAGRAHA, la lutte non-violente du peuple.

Agra, Uttar Pradesh (la terre haute), Inde.

9 octobre 2012.

 

Contexte : en octobre 20O7 le syndicat indien Ekta Parishad a organisé « Janadesh », une marche de 25.000 paysans sans terre de Gwalior a Delhi, en Inde. Une deuxième marche a vu le jour. Du 2 au 29 octobre 2012 « Jan Satyagraha » reprend le même parcours. D’inspiration Gandhienne, Ekta Parishad est un collectif de petites organisations engagées dans la transformation sociale du pays. Les marches posent le problème de l’accès à la terre pour les petits paysans et revendiquent une série de mesures concrètes comme la protection des «adivasis» (tribaux) face aux expulsions, la création de tribunaux à comparution rapide pour les litiges fonciers et la redistribution de terres gouvernementales aux familles de sans-terre.

La marche de 2007 a permis la création de lois de protection face aux expulsions et l’avènement d’une commission nationale pour la réforme agraire. Mais peu de changement ont pris forme sur le terrain, notamment en raison de la difficulté à retranscrire les décisions nationales dans les 26 régions indiennes en charge du foncier.

 

Le rendez-vous a bien eu lieu le 2 octobre 2012, date de la naissance de Gandhi.  C’est une vaste assemblée qui se retrouve  ce jour-là au Mela Ground de Gwalior, une immense esplanade dans les faubourgs de la ville. Ils sont arrivés en train, en bus de toute l’Inde, formant de longues files dans les rues cahotiques de la ville. Il y a là des paysans du Kerala, du Bihar, du Jarkhand, du Rajasthan proche. On entend de la musique, des flûtistes, on voit des hommes-fleurs maquillés dansant sur des rythmes joyeux, un char de mimes-comédiens, le visage recouvert de masque grotesques ou poétiques.

Ils ne sont peut-être pas 100.000 comme prévu,  peut-être 60.000, 70.000 ? Les chiffres divergent suivant l’appréciation de chacun. J’ai cru jusqu’au dernier moment que nous serions loin du compte, mais une fois réunis ils étaient bien des dizaines de milliers, posés sous de minces tissus censés nous protéger du soleil.

La rencontre avec les officiels a commencé avec un retard raisonnable de 2 heures.

 

Le ministre du développement rural a changé depuis 2007, date de la dernière marche des sans terre, mais sa méthode semble être la même que celle de son prédécesseur. Il prononce de belles paroles de soutien, fait l’éloge de Gandhi mais ne propose rien de concret. La déception est grande car les cadres responsables d’Ekta Parishad pensaient avoir trouvé un accord et pouvoir le signer le 2 . Entre le 20 et le 25 septembre les réunions avec les responsables de région, les différents ministres laissaient présager une issue heureuse. Le 29, le ton avait changé.

Plus d’accord signé, de vagues promesses de rendez-vous. Le ministre repart et la déception est grande.

 

Micros ouverts, les différentes composantes de l’équipe coordinatrice d’Ekta Parishad discutent des mesures à prendre. La marche est maintenue, le départ fixé à sept heures du matin pour le lendemain…

 

Les premières étapes du 3, 4 et 5 octobre seront fatigantes car nous feront entre 18 et 22 kilometres par jour sous un soleil de plomb avoisinant les 45° au zénith. Je rentre exténué le soir, même si les matinées sont stimulantes dans la fraîcheur du matin. Les marcheurs indiens, très motivés, chantent, dansent, discutent. Mais j’ai vu aussi des femmes tomber de fatigue. Il y a aussi moins d’enfants qu’en 2007.

 

Les partis d’opposition, dont le très conservateur BJP assurent alors Ekta Parishad de leur soutien, notamment les préfets de région du Madhya Pradesh et du Rajasthan que nous allons traverser.

Les médias locaux, nationaux et internationaux relaient l’information. Des journalistes internationaux, souvent des femmes, font des passages d’un jour ou deux pour faire des photographies ou interviewer Rajagopal, le leader charismatique d’Ekta Parishad. J’ai de belles discussions avec Maria, correspondante de presse italienne vivant à Dehi. Elle est venue en scooter depuis Delhi et n’a pas froid aux yeux.

 

Je sympathise aussi avec les jeunes indiens de l’équipe media d’Ekta Parishad. Toujours sur le pont, ils dorment la nuit dans une estafette, mangent un repas par jour comme les marcheurs indiens et me donnent des petits coups de main pour les transports ou la traduction.

 

Contrairement à la marche de 2007, les internationaux ne sont pas les bienvenus à Jan Satyagraha. Il y a quelques mois, six français de Peuples Solidaires venus en soutien ont été expulsés de la caravane de préparation d’Ekta qui parcourait le pays. Emprisonnés trois jours, il a fallu l’intervention de Rajagopal et pas mal de pressions sur le gouvernement pour qu’ils puissent rester en Inde. Un militant antinucléaire italien a lui aussi été arrêté et expulsé du pays avec interdiction d’y revenir. Ceci a poussé Ekta à faire preuve de prudence. Ils demandent maintenant aux détenteurs d’un visa touriste de rester deux jours de suite d’affilée au maximum et d’éviter de manifester tout soutien visible à la cause paysanne.

 

En dehors d’une importante équipe de tournage suisse dotée de visas journaliste, il reste tout de même quelques internationaux irréductibles, moins d’une dizaine, qui suivent la marche par leurs propres moyens. Ce sont de belles personnes, attachantes, comme Amélie et Alizée, deux jeunes françaises venues de France en transports en commun (bus, trains) via l’Asie centrale, Yvan, fragile androgyne qui supporte mal le chaos des centres urbains ou encore Yann, ancien membre de l’Arche, vivant depuis 25 en ans en Inde dont les récits d’aventures de sa vie bohème et engagée me transportent.

 

J’ai aussi retrouvé Daniel, l’inénarrable méditant bouddhiste français qui était déjà là en 2007. Grande bringue à la Tati, il interpelle indiens ou français sur d’improbables problématiques existentielles avec force et générosité, drôle sans le savoir, intrusif sans le vouloir.

 

On se rencarde sur les bus à attraper pour rejoindre la marche ou les hôtels sympas. On parle aussi du devenir de la marche. Quelles seront les chances de réalisations concrètes, la possibilité de distributions de terres, l’opportunité d’occuper des terres ?

 

Aujourd’hui, neuf octobre, je suis à Agra la ville du mythique Taj Mahal, un mausolée de marbre blanc construit en 1653 par Shah Jahan en honneur de sa défunte épouse. Il y a deux jours, au lever du soleil, j’ai vu ce château de rêve flotter entre ciel et terre dans les brumes matinales. La marche sera ici demain soir. Hier, les responsables d’Ekta ont rencontré le ministre du développement rural le 8 à Delhi. Les négociations reprennent. On parle d’une signature des accords à Agra le 11.

Les parties en présence ont tout intérêt à trouver un accord. Ekta a du mal à assurer les besoins matériels de la marche jusqu’à Delhi. En difficulté financière depuis plusieurs mois, il n’a pu assurer son objectif de 100.000 marcheurs et a du demander à une bonne moitié des paysans présents le 2 octobre de rentrer chez eux.

On parle de 1€ par jour et par marcheur pour couvrir tous les frais.

 

Les prochaines élections auront lieu en 2013 et le parti du Congrès au pouvoir (centre gauche) a absolument besoin de voix pour espérer être élu après d’importants scandales de corruption et la défection de nombreux partenaires politiques.

 

L’arrivée de 35.000 marcheurs dans le centre de Delhi pourrait y provoquer un blocage important dans une ville déjà saturée. Que fera le gouvernement ? Bloquer l’accès ? Rajagopal s’y prépare et suivant la stratégie non-violente classique à ce genre de situation, il faudra se préparer à un long sitting sous les yeux de médias très présents.

 

A l’heure où j’écris ces lignes la marche avance, forte de sa détermination, de sa confiance dans ses représentants, dans ce postulat inéluctable qui sous-tend la non-violence : l’autre, cet humain si proche saura entendre ma souffrance et répondre à mon besoin.

 

Namaste !

 

François

 

 

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Gandhi, un simple être humain, un avocat, avec ses défauts qui a fait un parcours vers la non-violence. Il a pu employer des propos qui peuvent nous paraître polémiques, racistes. Mais il a su être un guide aussi, contre ces défauts-là.

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Conférence de Catherine Clément sur Gandhi donnée le 12 mai 2011 dans le cadre de l'Université populaire du quai Branly (UPQB).

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