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Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, sept
moines trappistes du monastère de Tibhirine, en Algérie, sont enlevés
par un groupe armé. Le 23 mai, on apprend que les sept religieux ont
été assassinés. La vie et le
message des moines de Tibhirine ont déjà suscité plusieurs ouvrages.
Il manquait une réflexion approfondie sur la dimension non-violente de
leur engagement. C'est cette réflexion que Jean-Marie Muller s'est
efforcé de conduire dans ce livre.
"Vous poussez votre analyse bien
au-delà de la sensibilité, écrit Claude Rault, dans une lettre-préface
adressée à l'auteur, voire même de la simple admiration. Vous le dites
vous-même, il faut passer du "registre de l'émotion" à "celui de la
pensée". En cela, vous rejoignez les moines dans le discernement
rigoureux qu'ils ont dû faire tout au long des mois d'incertitude qui
ont précédé leur enlèvement. Nous avons besoin de ces lectures
rigoureuses éclairées au feu de l'histoire des autres témoins. Vous
ouvrez de nouveaux horizons".
Présentation de
l'ouvrage par Alain Refalo
La mort des sept moines de Tibhirine,
le 21 mai 1996, avait soulevé une grande émotion, au-delà du pays,
l’Algérie, où ils avaient choisi de vivre. Ce livre est né de
l’intuition de l’auteur que la vie et la mort de ces moines devaient
pouvoir se comprendre à " la lumière de l’exigence évangélique de
non-violence ". Jean-Marie Muller a cherché à éclaircir la question du
sens que les moines ont donné à leur engagement au coeur d'un pays
tourmenté et meurtri par la violence et la guerre.
L’auteur explique que le moment décisif
où tout a basculé se situe dans la soirée du 24 décembre 1993,
lorsqu’un groupe de six islamistes armés fait irruption dans le
monastère. Ceux-ci en sortiront " désarmés " quelques instants plus
tard. Les moines répondent trois fois non aux exigences posées par ces
hommes et les obligent, par leur fermeté dans le dialogue, à quitter
le monastère, un lieu où les armes n’ont pas droit de cité, surtout un
soir de Noël. A partir de ce jour, les moines savent qu’ils reverront
ces " frères de la montagne " et que leur vie est désormais en danger.
Ils décident cependant de rester, sans d’autre protection que leur
propre vulnérabilité, tout en ayant parfaitement conscience de la
menace qui pèse sur eux. La prière quotidienne des moines devient
" Désarme-moi, désarme-nous, désarme-les ", rejoignant ainsi
l’exigence spirituelle de non-violence contenues dans les paroles de
l’Evangile, que l’auteur résume dans cette belle phrase : " Le Dieu
de l’évangile est un Dieu désarmé qui invite l’homme à se désarmer
pour pouvoir désarmer l’autre homme ".
L’analyse que l’auteur nous propose des
causeries et sermons du prieur de Tibhirine, Christian de Chergé, nous
révèle toute la démarche spirituelle de non-violence qu’ont réalisée
les moines de Tibhirine. Le refus du meurtre, de la violence,
l’exigence de pardon, la recherche de l’innocence sont au coeur de
leurs réflexions et de leur engagement quotidien. " Seul est
non-violent, dit Christian de Chergé dans l’une de ses prédications,
celui qui n’a fait violence ni au ciel ni à la terre. Nous voici
invités à célébrer, devant ce cadavre d’une humanité violentée par des
hommes violents, un autre témoignage dont nous avons tous besoin pour
échapper à la complicité sournoise que la violence trouve en chacun de
nous, le témoignage, le martyre de l’innocence ". Le risque qu’ont
pris les moines est le risque de la non-violence, c’est--à-dire " le
risque de mourir pour ne pas tuer ". Ils ont risqué leur vie, non par
goût du martyre, mais pour refuser d’être complice de la violence et
dans l’espérance que leur attitude " désarme " leurs adversaires.
Autant le dire nettement, ce livre est
impossible à résumer tant il nous révèle quelque chose d’immense, qui
nous dépasse et qui nous bouleverse. Il ne s’agit pas ici de religion,
mais de spiritualité, d’une spiritualité qui " s’inscrit dans un
horizon universel ". Tout n’a pas encore été dit et écrit sur la
signification de la non-violence, ce livre le montre de façon
exceptionnelle. " Au terme de ce long travail de ré-flexion, écrit
Jean-Marie Muller, la conviction est devenue totale en moi que le
" martyre ", c’est-à-dire le " témoignage " des moines de Tibhirine
est un acte fondateur qui inscrit en lettres de feu la
non-violence dans la trame de notre histoire. " |

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