Le non que la non-violence oppose à la violence
est un non de résistance.
La non-violence est certes abstention,
mais cette abstention exige elle-même l'action.

Jean-Marie Muller

    

 Jean-Marie MULLER - Ecrits et publications
 

 

 

 

Les moines de Tibhirine, "témoins" de la non-violence

Jean-Marie Muller, Ed. Témoignage Chrétien, 1999, 110 p.
 

Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, sept moines trappistes du monastère de Tibhirine, en Algérie, sont enlevés par un groupe armé. Le 23 mai, on apprend que les sept religieux ont été assassinés.

La vie et le message des moines de Tibhirine ont déjà suscité plusieurs ouvrages. Il manquait une réflexion approfondie sur la dimension non-violente de leur engagement. C'est cette réflexion que Jean-Marie Muller s'est efforcé de conduire dans ce livre.

"Vous poussez votre analyse bien au-delà de la sensibilité, écrit Claude Rault, dans une lettre-préface adressée à l'auteur, voire même de la simple admiration. Vous le dites vous-même, il faut passer du "registre de l'émotion" à "celui de la pensée". En cela, vous rejoignez les moines dans le discernement rigoureux qu'ils ont dû faire tout au long des mois d'incertitude qui ont précédé leur enlèvement. Nous avons besoin de ces lectures rigoureuses éclairées au feu de l'histoire des autres témoins. Vous ouvrez de nouveaux horizons".

Présentation de l'ouvrage par Alain Refalo

La mort des sept moines de Tibhirine, le 21 mai 1996, avait soulevé une grande émotion, au-delà du pays, l’Algérie, où ils avaient choisi de vivre. Ce livre est né de l’intuition de l’auteur que la vie et la mort de ces moines devaient pouvoir se comprendre à " la lumière de l’exigence évangélique de non-violence ". Jean-Marie Muller a cherché à éclaircir la question du sens que les moines ont donné à leur engagement au coeur d'un pays tourmenté et meurtri par la violence et la guerre.

L’auteur explique que le moment décisif où tout a basculé se situe dans la soirée du 24 décembre 1993, lorsqu’un groupe de six islamistes armés fait irruption dans le monastère. Ceux-ci en sortiront " désarmés " quelques instants plus tard. Les moines répondent trois fois non aux exigences posées par ces hommes et les obligent, par leur fermeté dans le dialogue, à quitter le monastère, un lieu où les armes n’ont pas droit de cité, surtout un soir de Noël. A partir de ce jour, les moines savent qu’ils reverront ces " frères de la montagne " et que leur vie est désormais en danger. Ils décident cependant de rester, sans d’autre protection que leur propre vulnérabilité, tout en ayant parfaitement conscience de la menace qui pèse sur eux. La prière quotidienne des moines devient " Désarme-moi, désarme-nous, désarme-les ", rejoignant ainsi l’exigence spirituelle de non-violence contenues dans les paroles de l’Evangile, que l’auteur résume dans cette belle phrase : " Le Dieu de l’évangile est un Dieu désarmé qui invite l’homme à se désarmer pour pouvoir désarmer l’autre homme ".

L’analyse que l’auteur nous propose des causeries et sermons du prieur de Tibhirine, Christian de Chergé, nous révèle toute la démarche spirituelle de non-violence qu’ont réalisée les moines de Tibhirine. Le refus du meurtre, de la violence, l’exigence de pardon, la recherche de l’innocence sont au coeur de leurs réflexions et de leur engagement quotidien. " Seul est non-violent, dit Christian de Chergé dans l’une de ses prédications, celui qui n’a fait violence ni au ciel ni à la terre. Nous voici invités à célébrer, devant ce cadavre d’une humanité violentée par des hommes violents, un autre témoignage dont nous avons tous besoin pour échapper à la complicité sournoise que la violence trouve en chacun de nous, le témoignage, le martyre de l’innocence ". Le risque qu’ont pris les moines est le risque de la non-violence, c’est--à-dire " le risque de mourir pour ne pas tuer ". Ils ont risqué leur vie, non par goût du martyre, mais pour refuser d’être complice de la violence et dans l’espérance que leur attitude " désarme " leurs adversaires.

Autant le dire nettement, ce livre est impossible à résumer tant il nous révèle quelque chose d’immense, qui nous dépasse et qui nous bouleverse. Il ne s’agit pas ici de religion, mais de spiritualité, d’une spiritualité qui " s’inscrit dans un horizon universel ". Tout n’a pas encore été dit et écrit sur la signification de la non-violence, ce livre le montre de façon exceptionnelle. " Au terme de ce long travail de ré-flexion, écrit Jean-Marie Muller, la conviction est devenue totale en moi que le " martyre ", c’est-à-dire le " témoignage " des moines de Tibhirine est un acte fondateur qui inscrit en lettres de feu la non-violence dans la trame de notre histoire. "