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L'ambition de ce livre est
de fonder le concept philosophique de non-violence.
La recherche entreprise
par Jean-Marie Muller il y a quelque trente ans trouve dans cette
étude ne sorte d'aboutissement. Il exprime ici sa conviction que le
véritable débat sur la non-violence n'a pas encore eu lieu et qu'il ne
peut s'ouvrir que par une "dispute" philosophique qui permette de
récuser une fois pour toutes l'idéologie de la violence nécessaire,
légitime et honorable.
Pour la première fois, la
non-violence est présentée dans toutes ses dimensions, éthique,
culturelle, stratégique et politique. Jamais auparavant, on n'en avait
rendu compte d'une manière aussi magistrale et complète.
Présentation de
l'ouvrage par Alain Refalo (In Cahiers de
la Réconciliation, décembre 1997)
Dans la foulée de ses ouvrages sur
Simone Weil et sur la pensée de Gandhi (aux éditions Desclée de
Brouwer), Jean-Marie Muller nous offre avec Le principe de
non-violence une large perspective philosophique qui ouvre des
voies d'avenir au concept de non-violence.
La philosophie de la non-violence, c'est d'abord un regard porté sur
la violence et par conséquent une critique radicale des justifications
de la violence. La délégitimation de la violence fonde le concept de
non-violence. La violence est un "engrenage", un "enchaînement" ; elle
"crée elle-même sa propre fatalité". Elle ne permet d'éliminer la
violence des hommes déraisonnables. C'est pourquoi l'auteur n'a de
cesse de démontrer que répondre à la violence par la violence est la
contradiction essentielle dont il nous faut sortir. Si nous voulons
résister efficacement à la violence, il est impératif de "s'abstenir
soi-même de venir la renforcer".
Avant d'être un principe de résistance à l'injustice, la non-violence
est d'abord une attitude envers l'autre qui implique bienveillance et
bonté. C'est un concept universel qui touche donc à la culture,
l'éducation, la gestion de la société et la résolution des conflits.
La non-violence est une "sagesse pratique" qui donne sens à la vie et
à l'histoire des hommes. Jean-Marie Muller montre qu'elle est le
"principe" même de la philosophie. En philosophe et en militant, il
définit la non-violence comme une morale, une pratique et une culture
qui peuvent inspirer la vie de tout homme car elle correspond à son
exigence la plus profonde.
Philosophie et stratégie sont donc étroitement mêlées. "La philosophie
de la non-violence, affirme l'auteur, n'est intelligible qu'à travers
l'expérience de l'action non-violente". La non-violence implique en
effet une "attitude responsable dans l'histoire" qui nous invite à
rechercher des moyens d'action cohérents avec la fin poursuivie,
c'est-à-dire qui "portent en eux-mêmes la réalisation effective de la
fin poursuivie". Ainsi l'auteur expose les principes de
non-coopération et de désobéissance civile qui fondent la stratégie de
l'action non-violente.
Le principe de non-violence s'applique au domaine politique, car l'un
de ses enjeux est de concevoir une alternative aux doctrines qui
légitiment la violence dans l'organisation et la gestion de la
société. L'auteur plonge au cœur des philosophies qui ont influencé
des acteurs et les pratiques politiques depuis des siècles. Il en
démonte la logique qui tend systématiquement à légitimer la violence
la plus cruelle (Machiavel), à honorer les vertus de la guerre (Hegel)
et à montrer qu'un action politique responsable ne peut se concevoir
sans l'utilisation de la violence (Weber). Mais il remonte également
aux sources de notre civilisation, c'est-à-dire à la pensée grecque,
pour mettre en évidence les éléments d'une pratique citoyenne et
non-violente de la politique, fondée sur la parole, la discussion et
une force de contrainte sans violence. Il démontre ainsi que s'il faut
rompre avec tout ce qui dans nos traditions légitime la violence, il
est essentiel de rester fidèle à ces "pierres d'attente sur lequelles
nous pouvons fonder une sagesse de non-violence".
Le "dialogue" de l'auteur avec le philosophe Eric Weil, autant que son
analyse de la pensée d'Emmanuel Lévinas, constitue l'une des clés de
la réfléxion philosophique à laquelle nous invite Jean-Marie Muller.
En effet, Eric Weil affirme clairement d'une part, que la violence est
contraire à l'exigence de raison et d'autre part que la non-violence
est la fin de l'histoire. Mais entre ces deux pôles, Eric Weil ne
laisse la place qu'à une action nécessairement violente qui, seule,
selon lui, peut permettre d'éliminer la violence des hommes
déraisonnables. Il légitime ainsi la violence pour une cause juste et
retombe dans le piège de la spirale de la violence destructrice. En
contre-point de l'analyse de la pensée d'Eric Weil, l'auteur expose
magistralement la pensée et l'action de Gandhi, "ignoré" par Eric
Weil.
Incontestablement, cette réflexion fait date dans la littérature sur
la non-violence. Dans un vocabulaire accessible à tous, la
non-violence est pour la première fois exposée dans toutes ses
dimensions, éthique, philosophique, culturelle, stratégique et
politique. La démonstration est puissante, les formules sont
percutantes et l'ouvrage comporte de nombreuses pages d'anthologie,
propres à questionner les plus sceptiques. Sans prétendre avoir dit le
dernier mot sur la philosophie de la non-violence, Jean-Marie Muller a
mis en place des jalons et des repères sûrs qui permettent d'ouvrir,
enfin, un vrai débat sur la non-violence. |

Table des
matières
Avant propos
1.
Dans un monde de conflits
2. Ré-flexion sur la violence
3. La non-violence comme exigence philosophique
4. L'homme non-violent face à la mort
5. Principes de l'action non-violente
6. La violence et la nécessité
7. L'Etat comme violence institutionnalisée
8. La non-violence comme exigence politique
9. La résolution non-violente des conflits
10. Des alternatives non-violentes à la guerre
11. Violence et non-violence dans l'histoire selon Eric Weil
12. Dialogue ave Eric Weil
13. Gandhi, l'exigence de non-violence
14. Gandhi, artisan de la non-violence
15. Les chances d'une culture de la non-violence
Conclusion
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