Le non que la non-violence oppose à la violence
est un non de résistance.
La non-violence est certes abstention,
mais cette abstention exige elle-même l'action.

Jean-Marie Muller

    

 Jean-Marie MULLER - Ecrits et publications
 

 

 

 

Le principe de non-violence : parcours philosophique

Jean-Marie Muller, Ed. Desclée de Brouwer, 1995, 323 p.
 

L'ambition de ce livre est de fonder le concept philosophique de non-violence.

La recherche entreprise par Jean-Marie Muller il y a quelque trente ans trouve dans cette étude ne sorte d'aboutissement. Il exprime ici sa conviction que le véritable débat sur la non-violence n'a pas encore eu lieu et qu'il ne peut s'ouvrir que par une "dispute" philosophique qui permette de récuser une fois pour toutes l'idéologie de la violence nécessaire, légitime et honorable.

Pour la première fois, la non-violence est présentée dans toutes ses dimensions, éthique, culturelle, stratégique et politique. Jamais auparavant, on n'en avait rendu compte d'une manière aussi magistrale et complète.

Présentation de l'ouvrage par Alain Refalo (In Cahiers de la Réconciliation, décembre 1997)

Dans la foulée de ses ouvrages sur Simone Weil et sur la pensée de Gandhi (aux éditions Desclée de Brouwer), Jean-Marie Muller nous offre avec Le principe de non-violence une large perspective philosophique qui ouvre des voies d'avenir au concept de non-violence.

La philosophie de la non-violence, c'est d'abord un regard porté sur la violence et par conséquent une critique radicale des justifications de la violence. La délégitimation de la violence fonde le concept de non-violence. La violence est un "engrenage", un "enchaînement" ; elle "crée elle-même sa propre fatalité". Elle ne permet d'éliminer la violence des hommes déraisonnables. C'est pourquoi l'auteur n'a de cesse de démontrer que répondre à la violence par la violence est la contradiction essentielle dont il nous faut sortir. Si nous voulons résister efficacement à la violence, il est impératif de "s'abstenir soi-même de venir la renforcer".

Avant d'être un principe de résistance à l'injustice, la non-violence est d'abord une attitude envers l'autre qui implique bienveillance et bonté. C'est un concept universel qui touche donc à la culture, l'éducation, la gestion de la société et la résolution des conflits. La non-violence est une "sagesse pratique" qui donne sens à la vie et à l'histoire des hommes. Jean-Marie Muller montre qu'elle est le "principe" même de la philosophie. En philosophe et en militant, il définit la non-violence comme une morale, une pratique et une culture qui peuvent inspirer la vie de tout homme car elle correspond à son exigence la plus profonde.

Philosophie et stratégie sont donc étroitement mêlées. "La philosophie de la non-violence, affirme l'auteur, n'est intelligible qu'à travers l'expérience de l'action non-violente". La non-violence implique en effet une "attitude responsable dans l'histoire" qui nous invite à rechercher des moyens d'action cohérents avec la fin poursuivie, c'est-à-dire qui "portent en eux-mêmes la réalisation effective de la fin poursuivie". Ainsi l'auteur expose les principes de non-coopération et de désobéissance civile qui fondent la stratégie de l'action non-violente.

Le principe de non-violence s'applique au domaine politique, car l'un de ses enjeux est de concevoir une alternative aux doctrines qui légitiment la violence dans l'organisation et la gestion de la société. L'auteur plonge au cœur des philosophies qui ont influencé des acteurs et les pratiques politiques depuis des siècles. Il en démonte la logique qui tend systématiquement à légitimer la violence la plus cruelle (Machiavel), à honorer les vertus de la guerre (Hegel) et à montrer qu'un action politique responsable ne peut se concevoir sans l'utilisation de la violence (Weber). Mais il remonte également aux sources de notre civilisation, c'est-à-dire à la pensée grecque, pour mettre en évidence les éléments d'une pratique citoyenne et non-violente de la politique, fondée sur la parole, la discussion et une force de contrainte sans violence. Il démontre ainsi que s'il faut rompre avec tout ce qui dans nos traditions légitime la violence, il est essentiel de rester fidèle à ces "pierres d'attente sur lequelles nous pouvons fonder une sagesse de non-violence".

Le "dialogue" de l'auteur avec le philosophe Eric Weil, autant que son analyse de la pensée d'Emmanuel Lévinas, constitue l'une des clés de la réfléxion philosophique à laquelle nous invite Jean-Marie Muller. En effet, Eric Weil affirme clairement d'une part, que la violence est contraire à l'exigence de raison et d'autre part que la non-violence est la fin de l'histoire. Mais entre ces deux pôles, Eric Weil ne laisse la place qu'à une action nécessairement violente qui, seule, selon lui, peut permettre d'éliminer la violence des hommes déraisonnables. Il légitime ainsi la violence pour une cause juste et retombe dans le piège de la spirale de la violence destructrice. En contre-point de l'analyse de la pensée d'Eric Weil, l'auteur expose magistralement la pensée et l'action de Gandhi, "ignoré" par Eric Weil.

Incontestablement, cette réflexion fait date dans la littérature sur la non-violence. Dans un vocabulaire accessible à tous, la non-violence est pour la première fois exposée dans toutes ses dimensions, éthique, philosophique, culturelle, stratégique et politique. La démonstration est puissante, les formules sont percutantes et l'ouvrage comporte de nombreuses pages d'anthologie, propres à questionner les plus sceptiques. Sans prétendre avoir dit le dernier mot sur la philosophie de la non-violence, Jean-Marie Muller a mis en place des jalons et des repères sûrs qui permettent d'ouvrir, enfin, un vrai débat sur la non-violence.

Table des matières

Avant propos

1. Dans un monde de conflits
2. Ré-flexion sur la violence
3. La non-violence comme exigence philosophique
4. L'homme non-violent face à la mort
5. Principes de l'action non-violente
6. La violence et la nécessité
7. L'Etat comme violence institutionnalisée
8. La non-violence comme exigence politique
9. La résolution non-violente des conflits
10. Des alternatives non-violentes à la guerre
11. Violence et non-violence dans l'histoire selon Eric Weil
12. Dialogue ave Eric Weil
13. Gandhi, l'exigence de non-violence
14. Gandhi, artisan de la non-violence
15. Les chances d'une culture de la non-violence

Conclusion