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Le 6 avril 1930, Gandhi
ramasse un peu de sel sur une plage de l'océan et déclare : "Le poing
qui tient ce sel peut être brisé, mais ce sel ne sera pas rendu
volontairement." Défiant les lois de l'Emprire britannique, il lance
aussi le signal de l'insurrection pacifique qui va subvertir l'Inde
toute entière. Un an plus tard, après plusieurs mois de prison, ce
petit homme d'apparence frêle négocie d'égal à égal avec le vice-roi.
Mais il faudra encore de longues années de lutte pour que
l'indépendance soit définitivement acquise, le 15 août 1947.
La vie, la pensée et
l'action de l'apôtre de la non-violence restent mal connues. Suivant
au jour le jour l'épopée de la marche du sel, à travers les articles
de presse, mais aussi à travers les paroles de Gandhi - dont beaucoup
sont pour la première fois traduites en français -, Jean-Marie Muller
rétablit la vérité historique sur cet homme étonnant et sur son action
en faveur de la liberté et de la justice. Dessinant ainsi le portrait
du Mahatma, il nous invite à prendre toute la mesure de la révolution
culturelle dont il fut le prophète. La non-violence, enracinée dans
les traditions spirituelles de l'Inde et dans l'Evangile, nous
apparaît alors, au fil de cette étude passionnante, non plus comme une
utopie, mais comme une méthode d'action politique et une voie de
sagesse qui pourraient permettre aux homme de relever les défis de
cette fin de siècle.
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Table des matières
Préface de Bernard Clavel
Avant-Propos
1. Premières offensives
2. La retraite
3. La proclamation de l'indépendance
4. Le grand défi
5. Le devoir de déloyauté
6. L'insurrection pacifique
7. L'hôte du gouvernement
8. L'armistice
9. Le roi sans couronne
10.L'ambassadeur de l'Inde auprès du peuple britannique
11.Sur le chemin du retour
12.La reprise des hostilités
13.La lutte contre l'intouchabilité
14.Et le combat cessa
Epilogue
Conclusion |
Présentation de
l'ouvrage par Hans Schwab
revue Alternatives Non
Violentes, n° 105, hiver 97/98
Après Gandhi, la sagesse, voici Gandhi
l'insurgé. Jean-Marie Muller nous invite de nouveau et différemment à
la rencontre de Gandhi. L'analyse des réflexions, des paroles et des
actions de Gandhi est loin d'être terminée, car cet homme est un
personnage complexe - "un extraordinaire paradoxe" (dixit Nehru) - qui
se fie beaucoup plus à son intuition qu'à une stratégie élaborée, bien
que celle-ci ne soit jamais absente. Disons plutôt que stratégie et
intuition se mélangent et se fécondent pour produire une ligne
d'action parfois étonnante comme cette longue et sinueuse campagne de
désobéissance menée par Gandhi durant la première moitié des années
trente et dont la marche du sel est le symbole le plus parlant.
Jean-Marie Muller dessine un portrait
de Gandhi qui nous permet de nous " introduire dans la connaissance et
la compréhension de sa personnalité, de sa pensée et de son action "
(p. 24). C'est bien d'une introduction dont il s'agit : elle présente
et approfondit si bien le phénomène Gandhi que sa lecture est
recommandable aussi bien aux non-initiés qu'aux lecteurs ou militants
avertis.
Le lecteur qui débute dans la
connaissance de Gandhi profitera de la courte présentation de sa
jeunesse, de son engagement en Afrique du Sud, puis du résumé de la
première grande action de non-coopération (à partir de 1920) en Inde.
Le livre finit par un rapide récit de l'indépendance et de
l'assassinat de Gandhi.
Ces repères historiques ne font
qu'encadrer le sujet principal du livre présenté avec de multiples
détails qui satisferont aussi le lecteur averti. Celui-ci lira
l'épopée de la marche du sel (1930-1934) comme un manuel sur la
théorie et la pratique de la désobéissance civile. Jean-Marie Muller
reproduit largement les écrits de Gandhi dont les plus importants sont
traduits par l'auteur à partir des originaux en anglais. Nous trouvons
le catalogue des consignes concernant la préparation et le déroulement
de l'action désobéissante (pp, 74-76 et 216-218), les lettres
échangées avec le vice-roi, les documents Concernant la conférence de
la table-ronde à Londres, le séjour de Gandhi à Paris, à Villeneuve
chez Romain Rolland, à Rome (l'auteur minimise la rencontre avec
Mussolini) et beaucoup d'autres textes.
Jean-Marie Muller nous offre de beaux
discours de Gandhi dont la qualité ne provient pas d'une belle
rhétorique mais d'un contenu clair, humain, vrai, irréfutable, Ces
textes sont enrichis par les réactions de contemporains, par exemple
du prix Nobel Tagore s'opposant à la non-coopération gandhienne qui va
à l'encontre de son désir de coopération entre l'Orient et l'Occident.
Nehru, parfois étonné, parfois enthousiasmé, est cité souvent comme
lors du début de la campagne contre la loi du sel : " Dans nos rangs
ce fut l'ahurissement : on ne voyait pas très bien ce que le sel
venait faire dans la 1utte pour l'indépendance nationale. [... ]
Brusquement, le simple mot "sel" prit figure de formule magique, se
chargea d'une puissance mystérieuse. " (p. 83)
C'est un regard extérieur, européen,
souvent méprisant et moqueur qu'apportent les journaux suisses,
français et anglais que J.-M. Muller cite abondamment. L'auteur a
accompli un travail de fourmi pour déterrer ces textes dans de
nombreux quotidiens de l'époque. Nous apprenons comment Gandhi a été
vu en Europe. Ces journaux ne sont que le miroir de la société. En
reflétant l'idéologie dominante de la violence ils ne peuvent que
réagir par ironie ou mépris ; et ils règlent leurs comptes avec le
pacifisme européen qu'ils confondent avec la résistance non-violente
gandhienne.
La non-violence, c'est d'abord la
désobéissance aux lois injustes. Pour la campagne de désobéissance
civile qui débute en 1930, Gandhi suit une stratégie et il annonce au
vice-roi, à son adversaire, chaque élément de cette stratégie : il n'y
a pas de secret, la vérité hait le secret. Gandhi fait comprendre au
représentant du gouvernement colonial que le désordre provient des
injustices britanniques et non pas des Indiens qui s'opposent à ces
injustices. On peut entendre aussi des paroles surprenantes dans la
bouche de Gandhi qui dit dans le contexte de la campagne de
désobéissance civile : " Nous avons développé une mentalité de guerre,
nous avons pensé à la guerre, nous avons parlé de la guerre et rien
d'autre que de la guerre. " (p. 157)
Peut-on critiquer Gandhi ? Il le faut
si l'on ne veut pas le réduire à une icône et enfermer en même temps
la résistance non-violente dans une châsse. Jean-Marie Muller nous
fait part de la critique du maire de Karachi qui montre que la plupart
des Indiens engagés dans la résistance organisée par Gandhi sont très
loin d'avoir l'attitude non-violente conforme à son enseignement. Et
il suggère que quelques-uns des leaders passent " quelques années de
leur vie dans les provinces, les villes, les villages pour faire
comprendre aux gens ce que signifie la véritable non-violence, comment
elle peut être mise en oeuvre " (p. 167). Gandhi est surtout critiqué
pour avoir laissé s'enliser la campagne de désobéissance. La marche du
sel a été un succès incontestable, la suite de l'action par contre est
condamnée à l'échec par manque d'une organisation cohérente et d'un
objectif réalisable (p. 248).
En donnant largement la parole à
Gandhi, à ses contemporains et aux journaux d'époque Jean-Marie Muller
se tient en retrait. Rarement il se manifeste à la surface du texte
avec ses critiques et remarques (si l'on fait abstraction de
l'avant-propos et de la conclusion). C'est la méthode qu'il a choisi
pour ce Gandhi, l'insurgé. L'ouvrage ne présente pas une analyse
scientifique de la désobéissance civile, mais plutôt sa description à
travers un récit détaillé de la longue campagne de Gandhi et du peuple
indien qui aboutit à l'indépendance.
1) Jean-Marie Muller, Gandhi, la
sagesse de la non-violence, Paris, Epi/DDB, 1994. |