Manifeste pour une Alternative Non-violente, MAN, 1974

adopté en novembre 1974 lors de l’assemblée constitutive du M.A.N.

 

I

La rencontre de la violence dans le monde nous fait prendre conscience que « la vraie vie est absente » et la volonté de « changer le monde et la vie » nous engage dans la dynamique de la non-violence. La non-violence, en nous libérant de la totalité de la violence qui semblait peser sur l’homme et sur l’Histoire, nourrit alors une nouvelle espérance, un nouveau bonheur, une nouvelle culture.

II

La violence ne saurait être mise toujours sur le compte de la méchanceté ou de la mauvaise volonté. Elle remplit souvent dans notre société des fonctions nécessaires, qu’il s’agisse de défendre la liberté ou de combattre pour la justice. Aussi ne s’agit-il pas tant de condamner la violence que de rechercher une alternative à la violence. La non-violence ne saurait donc se définir par le seul refus des moyens violents : elle implique la recherche et la mise en œuvre de méthodes et de techniques visant à une réelle efficacité.

III

L’engagement dans la non-violence nous oblige à mettre en lumière les mécanismes qui engendrent la misère, l’oppression, la révolte et la violence. Il ne nous est pas permis de condamner pareillement « toutes les violences, quelles qu’elles soient et d’où qu’elles viennent ». Nous ne devons pas mettre sur un même plan la violence des riches et des puissants qui s’efforcent de maintenir leur domination et de défendre le désordre établi, et la violence des opprimés qui s’efforcent de conquérir leur dignité et leur liberté.

Si, face à l’injustice, le choix n’était qu’entre la résistance violente et la collaboration résignée, alors mieux vaudrait choisir la violence. Ceux qui ont choisi cette voie, en prenant pour eux-mêmes les plus grands risques, méritent notre respect et notre solidarité.

IV

Le combat non-violent implique une attention particulière à la dimension politique des événements. Il exige :

–         une information permanente,

–         une analyse politique et économique rigoureuse,

–         un projet politique,

–         l’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie

La non-violence ne doit point s’enfermer dans la contestation, elle doit aussi élaborer la gestion de la nouvelle société qu’elle veut édifier par la réalisation d’un programme constructif.

V

L’action non-violente entend épuiser les moyens de persuasion, mais elle ne se limite pas à ceux-ci. Le moment venu, elle n’hésite pas à recourir à des moyens de pression et decontrainte qui visent à faire céder l’adversaire et à mettre fin à l’injustice. Elle est alors la mise en œuvre d’une force capable d’offrir de plus grandes chances à l’amour et à la vérité. Pour ne pas se contredire, l’action non-violente exige :

–         un accord profond entre les moyens utilisés et la fin poursuivie,

–         une visée de réconciliation et de justice, non de vengeance ou d’écrasement,

–         le refus de toute parole ou de tout acte qui enfermerait l’adversaire dans sa propre violence et lui offrirait un prétexte pour venir la justifier.

VI

Le principe essentiel de la stratégie de l’action non-violente est le principe de non-coopération ou de non-collaboration. Il se fonde sur l’analyse suivante : la force des injustices dans une société vient de ce qu’elles bénéficient de la coopération de la majorité des membres de cette société. Par l’organisation d’actions collectives, cette stratégie vise non pas la prise du pouvoir pour le peuple, mais l’exercice du pouvoir par le peuple.

La non-violence nous conduit donc à des actions de rupture avec le désordre établi pouvant aller jusqu’à la désobéissance civile lorsque toutes les possibilités offertes par la loi ont été épuisées en vain.

VII

La non-violence ne reprend pas à son compte, ni au niveau de l’analyse ni à celui du projet, les affirmations abusivement simplificatrices du pacifisme et de l’antimilitarisme tels qu’ils sont exprimés traditionnellement. Là encore, plutôt que de multiplier les condamnations dont l’expérience nous a appris qu’elles étaient inopérantes, la non-violence s’efforce de rechercher les moyens d’une défense civile non-violente qui puissent permettre à la population d’organiser une véritable résistance en cas d’agression.

Dans cette perspective, la non-violence nous amène à préconiser l’objection de conscience face à la guerre et à sa préparation. Cela implique notamment le refus du service militaire et son remplacement par un service civil qui soit l’occasion d’une recherche théorique et pratique des méthodes d’actions non-violentes capables de promouvoir la justice sociale et d’assurer la sécurité des communautés.

VIII

La non-violence nous amène à partager l’analyse et la recherche de ceux qui dénoncent à la fois l’incapacité du capitalisme à organiser la société selon les exigences de la justice et l’incapacité du socialisme étatique à l’organiser selon les exigences de la liberté. La non-violence, par le dynamisme propre à son esprit et à ses méthodes, nous amène à promouvoir un « socialisme à visage humain » fondé sur la co-responsabilité et l’autogestion.

Dans cette perspective, nous sommes conduits à dénoncer les aspects aliénants du cycle « production-consommation » caractéristique des sociétés industrielles avancées. Cela implique une réorientation des besoins inséparables de la recherche d’une meilleure qualité de vie.

IX

La liberté, l’égalité et la fraternité exigent, pour être vécues en société, en même temps une révolution des structures et une transformation des mentalités et des comportements personnels, ouvertes à la redécouverte d’un sens communautaire. Cette évolution et cette transformation devant se conjuguer dans un mouvement dialectique, nous n’avons pas le loisir d’attendre que l’une soit achevé pour commencer l’autre. En développant à l’intérieur même du conflit la maîtrise de soi, le respect de l’autre et le sens de la responsabilité, l’action non-violente permet d’entreprendre l’une et l’autre dès maintenant.

X

Nous devons résister à la tentation de toujours parler de la révolution des autres sans nous engager et nous compromettre chez nous. Tout problème doit être abordé par les aspects où nos responsabilités se trouvent directement engagées. C’est à ce niveau que nous pouvons, et par conséquent nous devons, agir.

Ceux qui ont choisi la non-violence n’ont pas à s’isoler dans leur recherche de la justice et de la paix. Ils ont à s’engager dans les divers mouvements et les diverses organisations qui travaillent déjà dans ce sens, en y faisant valoir le bien-fondé des méthodes de l’action non-violente. Cependant ils ont aussi à se regrouper pour approfondir les exigences et les possibilités de la non-violence et prendre dès maintenant l’initiative d’actions non-violentes auxquelles le plus grand nombre puisse participer.

La réflexion sur la non-violence et l’action qu’elle préconise devraient rassembler pour un même combat et un même débat tous ceux qui, venant d’horizons philosophiques ou religieux divers, ont également faim et soif d’une vraie justice.

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