La non-violence en marche par des actions de résistance : Les Cercles de Silence

Texte d’Alain Richard pour table ronde du 1erOctobre 2011, salle Ozène, Toulouse

A l’origine des Cercles de Silence il y a 4 ans exactement en Octobre 2007 : un constat, un cri de notre conscience, une exigence d’en témoigner, un espoir que des Toulousains se joignent à notre protestation.

 

  • un constat : la majorité des Toulousains ignoraient l’existence du Centre de rétention de Cornebarrieu. Cependant les étrangers qui y étaient enfermés ainsi que les autres membres de leur famille ressentaient cet emprisonnement comme une violation de leur humanité.

 

  • un cri de la conscience de  quelques franciscains et de leurs amis, devant des violations honteuses de l’humanité des étrangers dépourvus de papiers de séjour. Egalement  cri de la conscience devant  des violations honteuses imposées à des fonctionnaires contraints de poser des actes que plusieurs ressentaient opposés à leur propre conscience.

 

  • Le choix d’un témoignage et d’une protestation qui soient une expression  digne de la gravité des actions. Donc un cri, mais silencieux et grave comme auprès de défunts. Un silence qui permette d’écouter sa conscience.  Un cri toutefois  explicité par un tract et des panneaux.

 

  • Un espoir que  des personnes se joignent à nous qui non seulement nous a conduit à nous réunir ainsi 49 fois.  Mais actuellement des Cercles de Silence se tiennent dans environ 180 villes françaises. Quelques uns se réunissent en Espagne, en Italie, en Suisse pour la mêmerésistance à des atteintes à l’humanité des étrangers.

 

Quelles sont les bases d’une telle action de résistance, ses conditions pour qu’elle porte les meilleurs fruits, et examinons si on peut la créditer de quelques fruits.

1°- Contre quoi résistons-nous ? De multiples façons les politiques Française et Européenne portent atteinte à l’humanité des étrangers sans-papiers. Toutefois nous nous sommes limités dès les débuts en dénonçant l’enfermement, dans les Centres de Rétention Administrative, bâtiments qui sont équipés comme des prisons et qui sont ressentis par les personnes qui sont mises dedans, comme de véritables prisons. Nous avons pensé que ces bâtiments que chacun peut voir de l’extérieur avec des barbelés, devaient être dénoncés en premier lieu. Nos concitoyens peuvent facilement aller les voir, et comprendre pourquoi il faut résister à leur existence.

 

Notre comité de Pilotage du Cercle de Silence de Toulouse a récemment décidé de dénoncer clairement aussi

La violation de droits fondamentaux de l’étranger rendue possible par la nouvelle législation. Pour exemple la reconduite à la frontière effectuée avant que le Juge des Libertés puisse vérifier la légalité de la procédure. Nous dénonçons également la nouvelle disposition qui interdit aux étrangers expulsés de France, le droit à la mobilité dans d’autres pays de l’union européenne et dans d’autres régions du monde (USA, Chine,…) durant plusieurs années (2 à 5 ans). Cette logique de bannissement conduit souvent à l’éclatement des  familles

Cette addition écrite figurera sur le tract du mois d’Octobre, 4è anniversaire du premier Cercle.

 

Porter atteinte à la dignité, à l’humanité des étrangers est très grave. Priver de liberté des personnes alors qu’il existe d’autres moyens de contrôler leurs déplacements est une mesure excessive et bien entendu traumatique pour ces étrangers. L’humanité d’un être humain  n’est pas  divisible ni  discutable. Elle est aussi vulnérable, et toute atteinte à cette humanité  peut facilement amener à nier plus largement l’humanité de beaucoup d’autres personnes.

 

Si nous ne résistons pas aux attaques contre l’humanité de quelques personnes, nous ouvrons la porte pour une déshumanisation de plus en plus grande de notre société. En France et en raison de la culture de marché qui s’impose à nous de façon sournoise, il y a beaucoup trop de comportements que nous avons déjà tolérés. Trop de personnes sont considérées comme des objets et pire comme des produits. Considérer ainsi des personnes est très grave.

 

2°- Comment  résistons-nous ? Nous avons choisi de nous référer  à la non-violence gandhienne, et à  son éthique dans laquelle nous estimons que des croyants de diverses religions tout comme des incroyants, des agnostiques ou des  athées peuvent être à l’aise.
Notre résistance donc veille à respecter en toutes occasions l’humanité de ceux dont nous combattons les choix et les actions.  Nous ressentons que nous ne pouvons pas défendre l’humanité des sans-papiers si nous ne faisons pas attention à respecter en tous points l’humanité de ceux dont nous proclamons que leurs actions sont une violation grave de l’humanité des autres. Le Mahatma Gandhi était très strict sur ce point, et nous redisons avec lui qu’il faut respecter les personnes quelles que soient les actions, ces  actions  que nous combattons énergiquement. Bien entendu le religieux catholique que je suis, souscrit à cette importante distinction sur laquelle l’Evangile est clair.

 

Nous manifestons ce qui est en nous et ce à quoi nous résistons. Nous le faisons par une heure en silence.  Notre comportement veut proclamer que l’enfermement que nous dénonçons est très grave. Nous proclamons que nous combattrons contre ces actions tout en  nous abstenant de juger ceux qui violent  leur propre humanité en même temps que  l’humanité d’autres personnes humaines. Combattre les violations de l’humanité des étrangers, et simultanément respecter la dignité des personnes qui sont à l’origine de ces violations. Le Silence. Un de mes frères franciscains a très justement dit « Notre silence n’est pas un refus de parole. Il est un cri pour dire l’inqualifiable de la dignité humaine blessée. » Nous invitons les membres des cercles de silence à écouter leur propre conscience ou  si  vous préférez le vrai « eux-mêmes » à l’intérieur d’eux. Nous invitons tous nos concitoyens à faire pareil : ceux qui sont des citoyens de base comme nous et même ceux qui ont des responsabilités législatives ou exécutives. Nous les invitons tous à écouter  leur conscience, comme nous essayons de le faire nous-mêmes.

 

Prêtons attention à ne  pas  nous dégrader en portant atteinte à la dignité et à l’humanité d’autres personnes humaines.  Silence et condamnation ne vont pas ensemble. Un Père du désert disait  « Celui qui se tait en condamnant intérieurement autrui n’est pas silencieux » Ecoutons ce qui est au centre de notre personne. Les croyants pourront dire que c’est Dieu ou le divin ; d’autres diront seulement que c’est ce vrai soi-même que l’on ne peut atteindre que dans le silence. De toutes les façons essayons de ne plus être victimes des sons et des slogans qui nous entrainent à l’extérieur de nous-mêmes, comme des automates consommateurs et d’obéissants zombies.

 

A l’écoute de notre conscience, nous pouvons ressentir l’urgence de joindre des actions proposées par des associations ou groupes divers. Beaucoup de ceux qui participent aux Cercles de Silence ont alors découvert le travail magnifique réalisé par la Cimade, RESF, le CCFD, la FEP, la Pastorale des Migrants, la LDH, les groupes d’avocats et d’autres juristes … et bien d’autres encore.

 

Ne me demandez pas combien de consciences ont été éveillées. Je n’ai pas une machine à détecter les consciences qui souffrent de la situation présente et  qui  agissent. Je sais seulement  que nous avons participé à un éveil de citoyens qui ne savaient pas ou bien qui n’avaient pas prêté attention à la gravité de ce qui se faisait en leur nom.

 

Chacun a sa conscience et bien entendu nous avons seulement essayé de témoigner de ce que notre conscience nous disait. Nous ne pouvions pas faire violence à d’autres consciences. Chacun aura un jour à répondre  de ses actions, et j’ai l’espérance qu’avant ce moment-là certains auront pris conscience des actions dégradantes auxquelles ils ont collaboré. Notre mission n’est pas de juger mais  sans nous fatiguer de continuer à être des éveilleurs d’humanité à l’intérieur de nous-mêmes et dans la société à laquelle nous appartenons.

 

Texte d’Alain Richard pour table ronde du 1erOctobre 2011, salle Ozène, Toulouse

 

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Gandhi, un simple être humain, un avocat, avec ses défauts qui a fait un parcours vers la non-violence. Il a pu employer des propos qui peuvent nous paraître polémiques, racistes. Mais il a su être un guide aussi, contre ces défauts-là.

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