L’arme qui sauve, Martin Luther King, 1965

(Révolution non-violente, 1965, Petite Bibliothèque Payot, pp. 42-45)

Les détracteurs de la non-violence qui veulent y voir le refuge des lâches perdirent du crédit devant les actes héroïques et souvent dangereux qui se déroulèrent à Montgomery, puis à Birmingham : les manifestations publiques, les marches pour la liberté leur opposèrent alors un démenti muet, mais convaincant.

Quand un peuple opprimé s’enrôle sous la bannière de la non-violence, c’est qu’il y a en lui une puissante motivation. Une armée non-violente possède à la fois des qualités de splendeur et d’universalité. Il faut atteindre une certaine maturité avant de pouvoir s’enrôler dans une armée non-violente, et pourtant à Birmingham, les troupes les plus valeureuses furent formées de jeunes gens d’âge scolaire, allant des classes primaires aux classes estudiantines, en passant par les lycées. Pour être admis dans une armée qui blesse et qui tue, il faut avoir un corps sain, des membres solides et une bonne vue. Mais à Birmingham les boiteux, les estropiés et les infirmes purent se joindre à nous. Al Hibbler, le chanteur aveugle, n’aurait jamais été admis dans l’armée des Etats-Unis, ou dans n’importe quelle armée étrangère d’ailleurs, mais, dans nos rangs, il eut un poste de commandement.

Les armées de la violence sont organisées selon la hiérarchie des grades. Mais à Birmingham, exception faite des quelques généraux et lieutenants indispensables pour diriger et coordonner les opérations, nos régiments de manifestants combattirent groupés en une phalange démocratique. Les médecins marchèrent aux côtés des laveurs de carreaux ; des avocats manifestèrent avec des blanchisseuses. Diplômés ou non, tous furent acceptés avec une parfaite équité dans le mouvement non-violent.

Les professionnels de la radio ne me contrediront pas si j’affirme que les spectacles les plus réussis sont ceux qui font appel à la participation du public. Pour être quelqu’un, les gens ont besoin de sentir qu’ils font partie intégrante d’un tout. Dans l’armée non-violente il y a de la place pour tous ceux qui veulent s’y joindre. On n’y pratique pas la distinction de couleur, ni les examens, pas plus qu’on n’exige de garanties. Mais, tout comme un soldat traditionnel doit vérifier sa carabine et la nettoyer, on exige des soldats non-violents qu’ils inspectent et polissent leurs armes principales : leur coeur, leur conscience, leur courage et leur sens de la justice.

Cette forme de résistance non-violente eut pour résultat de paralyser et de confondre les autorités auxquelles elle s’opposait. En effet, contre un seul Noir, les autorités auraient riposté avec brutalité ; mais si cette brutalité devait s’exercer ouvertement et non plus dans les coulisses, elle devenait du même coup impuissante. Car soudain ces méthodes de répression furent prises sous les feux d’un gigantesque projecteur (comme cela arrive souvent à ceux qui tentent de s’évader). Une lumière aveuglante révéla soudain la vérité nue au monde entier. Il est vrai que certains manifestants ont eu à souffrir de violences et vrai aussi que quelques-uns d’entre eux eurent à endurer la peine capitale. Ils furent les martyrs de l’été dernier, car ils ont donné leur vie pour que cesse enfin, aux coins des ruelles sombres ou dans les arrières-salles des commissariats, le martyre des milliers d’hommes et de femmes battus, meurtris, tués sans trève tout au long des étés passés.

Ce qui frappe, dans cette croisade non-violente de 1963, c’est qu’il y ait eu si peu de manifestants atteints par les balles ou par les coups des gourdins ou des matraques. Si on y réfléchit, on constate que les oppresseurs n’étaient pas seulement retenus par le fait que le monde entier les regardait, mais aussi parce qu’en face d’eux se tenaient des centaines – et parfois des milliers – de Noirs qui, pour la première fois, osaient regarder l’homme blanc face à face. Que ce soit pour une raison de tactique plus sage ou pour une raison de conscience, bien des mains s’immobilisèrent sur le gourdin et bien des fusils se retinrent de vomir leurs flammes. Ce fut une révolution relativement peu sanglante et cela s’explique par le fait que les Noirs donnèrent leur adhésion pleine et entière à la non-violence. Cette méthode, qui s’appliqua à de vastes opérations sur tout le territoire, découragea les tentatives de violence, car parmi les combattants les uns s’y refusaient r’solument et les autres étaient gênés par leur confusion, leur indécision et leur manque d’unité.

Psychologiquement, la non-violence eut une énorme importance pour les Noirs. Car en luttant pour conquérir et prouver leur dignité, ils méritaient et gagnaient leur propre estime. Il leur fallut détruire définitivement aux yeux des Blancs l’image traditionnelle du Nègre clownesque, irresponsable et convaincu de sa propre infériorité. Les masses noires adoptèrent d’emblée cette méthode car elle incarnait un juste combat, une conviction morale et le sacrifice de leur personne. L’homme noir pouvait faire face à son adversaire et le vaincre tout en lui concédant la supériorité physique, qui avait désormais perdu tout son pouvoir.

Il est peut-être difficile de mesurer exactement ce que cela signifia pour les Noirs. Mais je suis convaincu que le courage et la dignité avec lesquels des milliers de Noirs se soumirent aux règles de la non-violence aidèrent à panser les plaies profondes de ceux qui, par millions, ne participèrent pas directement aux manifestations dans les rues, qui menaient souvent à la prison. Il n’est parfois pas besoin de participer pour se sentir concerné. Car pour tous les Noirs de ce pays il suffisait de s’identifier au mouvement, d’être fiers de ses dirigeants et d’y apporter leur appui moral, financier ou spirituel, pour se sentir à nouveau digne de l’honneur et du respect qu’on leur avait ravis depuis des siècles.

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