La communication
non-violente, Marshall Rosemberg
Extraits de
l'interview lors de l'émission
Dites-moi..., RTBF, 5 février
2004, retranscription par Daniel Raes.
Les idées de Marshall Rosenberg sont
développées dans son livre "Les mots sont des fenêtres".
[...] L'empathie est une
grande partie de la compassion. En fait, c'est une manière de rencontrer
ce qui est vivant chez un être humain. L'empathie requiert que l'on soit
avec l'autre personne, pas forcément que l'on soit d'accord avec elle,
mais que l'on soit avec elle. Être en présence avec une autre personne
est le plus beau cadeau que l'on puisse lui faire. [...]
Beaucoup de gens font un
lien entre la non-violence et la violence physique alors qu'il existe
d'autres formes de violence. Par exemple, les violences que les gens se
font à eux-mêmes en se blâmant ou en se critiquant, ce qui entraîne de
la dépression. Mais également, la violence infligée par les parents à
leurs enfants lorsqu'ils utilisent la culpabilité et la honte afin
d'avoir un impact sur eux. Et donc, de cette manière, nous sommes tous
impliqués d'une façon ou d'une autre par la violence. [...]
La manière dont nous
avons été éduqués à penser et à communiquer est une source énorme de
violence sur cette planète. Il est donc temps d'acquérir une conscience
et un langage qui soit réellement celui de la communication, et dont le
but est que chaque besoin de chaque individu soit rencontré avec paix.
Par exemple, si je pense
que quelqu'un se comporte de façon stupide sur la route, même si je ne
dis rien ou ne fais rien, j'en souffre. Parce que chaque jugement que je
laisse s’infiltrer dans ma conscience et qui implique le fait que
quelqu'un d'autre ait mal agi aura des conséquences négatives pour mon
esprit et mon corps, car cette manière de penser n'est pas du tout
naturelle. Et si au moment même où j'ouvre la bouche pour dire quelque
chose à cette personne, je pense qu'elle est stupide, j'aurai plus de
chance de provoquer une agression qu'une coopération. Donc, si je veux
dire quelque chose à cette personne, ce sera plutôt pour attirer son
attention sur le fait que j'ai eu peur et que j'ai besoin d'être
sécurisé.
Mais dans d'autres
circonstances, par exemple lorsque je vais dans des prisons et que je
rencontre des personnes qui ont commis des actes qui me font peur, je
commence plutôt par de l'empathie et j'essaie de comprendre ce qui se
passe dans la peau de ces personnes lorsqu'elles se comportent
dangereusement. Le fait de les comprendre ne signifie pas que j'approuve
ou que j'aime ce qu'ils ont fait, ni que je justifie leurs actions. Mais
lorsqu'ils sentent que j'ai compris, ils viennent plus volontiers vers
moi afin de trouver ensemble d'autres moyens de satisfaire leurs
besoins. [...]
La communication non
violente est souvent présentée à l'aide de la méthode qui consiste à
suivre les quatre étapes qui sont : observer une situation sans
jugement, ressentir le sentiment que cela suscite en nous, identifier
notre besoin, et formuler une demande concrète et négociable. Mais en
fait, ce qui est dit est beaucoup moins important que l'intention qu'on
y met. Parce que si l'intention est que l'autre fasse ce que l'on veut,
il ne s'agit pas de communication non violente. [...]
L'intention, en fait,
c'est très différent. Notre intention est de créer avec l'autre personne
une certaine qualité d'énergie qui fera en sorte que les besoins des
deux personnes seront satisfaits et que tout ce qu'elles se donneront
mutuellement le sera fait de bon gré. Lorsqu'on parle avec cette
conscience-là, alors la mécanique des quatre étapes est très utile. Mais
si l'autre croit d'une manière ou d'une autre qu'on a un certain
objectif derrière l'utilisation de ce processus, ou qu'éventuellement on
n'est pas aussi intéressé par ses besoins que par les nôtres, alors la
mécanique n'aidera pas et ne servira à rien. [...]
Par exemple, si une femme
veut exprimer à son mari qu'elle a besoin de le voir plus souvent à la
maison, mais qu'elle lui dit qu'elle a l'impression qu'il aime plus son
travail qu'elle, il faut espérer que son mari puisse entendre la beauté
qu'il y a là, et qu'il n'y entende pas une exigence. Dans les formations
de communication non violente, on n'apprend pas seulement à exprimer nos
besoins, car exprimer ses besoins ne suppose pas d'office que l'autre
soit capable de les entendre. Donc pour revenir à l'exemple, non
seulement la femme doit apprendre à exprimer ses besoins, mais elle doit
également arriver à percevoir, à travers la réaction de son mari, si
celui-ci a bien perçu ses besoins, ou s'il n'y a entendu qu'une critique
ou une exigence. [...]
Avant que nous disions
quoi que ce soit, il est important d'avoir une certaine conscience, et
cette conscience, je l'ai intégrée à partir de l'étude de toutes les
religions qui existent sur cette planète. Et ce qui m'est apparu dans
cette étude, c'est que toutes les religions exprimaient un très beau
message : "Quoi que vous fassiez, faites-le avec le désir de servir la
vie. Servez les êtres humains avec compassion, et si votre but est de
contribuer à leur bien-être et que vous faites cela de plein gré, cela
rencontrera alors votre besoin de contribuer, et quand nous donnons de
cette manière là, il devient très difficile et très subtil en fait, de
dire qui donne et qui reçoit."