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La révolution orange en Ukraine
François Vaillant
rédacteur en chef de la revue Alternatives Non
Violentes
Le
troisième tour des élections présidentielles a été remporté le 26 décembre
2004 par le candidat Iouchtchenco "pro-occidental" contre Ianoukovitch "pro-russe",
par 52% des voix contre 44%. C'est l'aboutissement d'une lutte
non-violente exemplaire, nommée la Révolution Orange.
Une
élection présidentielle sans nulle autre pareille
Tout a
commencé le dimanche 21 novembre 04. Ce jour-là, les Ukrainiens sont
invités à voter pour le second tour, et normalement le dernier, de
l'élection présidentielle. Lors du premier tour de la même élection, le 31
octobre 04, les deux mêmes candidats arrivent chacun avec 38% des voix.
Il faut
comprendre que le peuple ukrainien retient son souffle en ce 21 novembre,
tant l'issue de la consultation électorale est incertaine. Des fraudes de
grande envergure sont remarquées, mais, le 24 novembre, la Commission
électorale donne vainqueur Ianoukovitch avec 49% des voix, contre 46% à
son adversaire Iouchtchenco ; 5% de votes blancs sont relevés. Rien ne va
plus, et rien ne va d'ailleurs depuis le lundi 22 novembre : une partie de
la population est descendue dans la rue, en plein hiver, sous -5 degrés,
notamment à Kiev, la capitale d'Ukraine. Les médias occidentaux relatent
alors jour par jour la Révolution Orange. Que va--il se passer ? L'armée
va-t-elle intervenir ? Un état de siège va-t-il être proclamé par le
soi-disant vainqueur ?
Très
vite, la fraude est débusquée. Il convient de savoir, pour la comprendre,
que la corruption sévit en Ukraine depuis l'ère du régime communiste qui
l'a pour ainsi dire institutionnalisée. Des Ukrainiens et les observateurs
internationaux font remarquer, dès le dimanche 21 novembre, que des
électeurs sont allés jusqu'à dix fois voter ! Le principe a été élaboré
par le candidat "pro-russe" Ianoukovitch. Comme il n'y a pas de listes
électorales, chaque votant doit tremper son doigt dans pot d'encre
indélébile. Cette marque doit l'empêcher d'aller se représenter devant une
urne électorale. C'est ne pas compter avec Ianoukovitch et ses sbires.
Ceux-ci organisent des autobus, dans les régions de l'Est pro-russes, pour
que des électeurs aillent une première fois voter. Ils trempent alors leur
index de la main droite dans une encre qui n'est absolument pas
indélébile. Ils remontent dans le bus, s'essuient leur doigt, reçoivent au
passage quelque monnaie de leur guide bienveillant, et tout ce petit monde
va se représenter à un autre bureau de vote à quelques kilomètres, et
re-votent comme si de rien n'était.
Des
électeurs sont ainsi allés voter jusqu'à quinze fois de suite dans la
seule journée du 21 novembre. Trop, c'est trop ! Des personnes éprises de
démocratie descendent dans la rue, par milliers, et vont l'occuper. Leur
objectif politique, les jours suivants, va être d'obtenir l'annulation des
élections de ce second tour des présidentielles. Le monde entier a les
yeux braqués sur Kiev. La Commission électorale reconnaît que des villes
de plus de 50 000 habitant ont voté jusqu'à 104 % de leur population en
âge de le faire
! Mais rien n'est gagné pour les partisans de Iouchtchenco.
Le centre de Kiev est
occupé
Les
partisans de Iouchtchenco savent fort bien que les élections du 21
novembre allaient être truquées. C'est une habitude dans ce pays. Des
centaines d'étudiants de Kiev préparent la riposte. Les médias occidentaux
découvriront plus tard qu'elle a été parfaitement organisée, nous y
reviendrons.
Dans la
nuit du dimanche 21 au lundi 22 novembre, la télévision officielle
annonce que Ianoukovitch a officiellement gagné les élections, que les
résultats définitifs seront donnés rapidement. Immédiatement, des milliers
de personnes déferlent donc en pleine rue, à Kiev. Elles sont plus ou
moins canalisées par des étudiants qui portent un brassard orange. La
vaste place de l'Indépendance est occupée par des hommes et des femmes,
aux mains nues et au visage découvert.
Le
lundi 22 novembre, en début d'après-midi, trois milles étudiants(es)
disposent une centaine de tentes oranges très ordinaires sur une partie du
boulevard Krechtchatik, les Champs-Élysées de Kiev, une autre centaine de
tentes est installée sur la place de l'Indépendance. L'incroyable advient,
car, là ," près de 100 000 personnes de tous âges vont se relayer toute la
journée et une partie de la nuit".
Ni le froid ni la neige n'entament le moral des résistants ukrainiens .
Ils affirment qu'ils occuperont la rue jusqu'à ce que la Commission
électorale invalide les élections du 21 novembre.
Alors que Poutine félicite son candidat officiellement vainqueur, et salue
des "résultats transparents",
la résistance non-violente des vrais démocrates s'amplifie, bravant le
froid et la fatigue. La couleur orange devient partout le symbole de la
Révolution qu'il ne faut pas rater ! Les policiers en armes de combat se
voient offrir des fleurs, comme en Tchécoslovaquie en août 68. Chaque
jour, chaque nuit, 50 000 à 200 000 personnes sont présentes, elles
chantent, elles se réchauffent. Des grand-mères apportent des victuailles
; des soupes populaires sont organisées. Chacun tente d'évacuer la peur
latente qui l'étreint. Iouchtchenco prend plusieurs fois la parole, disant
en substance : "ne commettons jamais de violence contre d'autres
Ukrainiens, c'est ce qu'attendent les partisans de Ianoukovitch. Ce que
nous voulons maintenant, c'est un troisième tour des élections
présidentielles. Pour cela, il faut d'abord que la Commission électorale
annule le scrutin du 21 novembre. Restons déterminés".
Faits et gestes
Le mardi
23 novembre au soir, après l'annonce des résultats truqués, le Palais
présidentiel est bouclé par de policiers en rangs et en armes. Les
étudiants(es) décident d'aller les "conscientiser". Ils le font en
introduisant délicatement un œillet dans chacun des boucliers
anti-émeutes. Ioulia Timochenko, 44 ans, belle femme très connue en
Ukraine, chef d'entreprise engagée en politique, est de la partie. Elle
est là, présente au milieu des jeunes, calme comme une icône, puis, tout
sourire, entre au contact des boucliers et y glisse ses œillets un par un,
à cinquante centimètre des visages camouflés des policiers. Des
photographes sont là, leurs photos de cette femme aux œillets font le tour
du monde en moins de vingt-quatre heures.
Durant
l'occupation non-violente du centre de Kiev, l'humour entretient l'esprit
de la résistance. Chacun sait que l'humour est l'arme inconnue des régimes
totalitaires. Le peuple prend la parole, il veut la garder. Il chante, il
écrit des chansons et des poèmes. Il a confiance en Iouchtchenco, lui qui
porte sur le visage les stigmates d'un empoisonnement "certainement pas
causé par un ami" !
Des
journalistes de la télévision officielle change alors d'attitude. Tout a
commencé le jeudi 25 novembre, à 11h. Quand Tatiana, la présentatrice,
entame la lecture d'un texte réaffirmant la victoire du "pro-russe"
Ianoukovitch, sans ajouter de commentaire, une autre présentatrice entre
en action, sans rien préciser à personne. Son prénon est Natala. Elle
intervient avec ses mains lors des journaux télévisés, pour que les sourds
comprennent les actualités. Le mensonge lu par Tatiana est devenu si
insupportable à Natala qu'elle se met à dire avec ses mains : "Je
m'adresse à tous les sourds d'Ukraine. Notre nouveau président est Viktor
Iouchtchenco. Vous ne devez pas croire les résultats officiels des
élections. Ils vous mentent. J'ai vraiment honte de vous traduire leurs
falsifications
".
Au sortir du studio, elle se demande comment son audace va être
interprétée par ses collègues. La grande majorité lui tombe dans les bras
pour la congratuler.
Elle va ensuite rencontrer les campeurs. Ils la félicitent pour sa
désobéissance. Natala s'explique encore : " Les sourds n'ont pas comme
nous le choix d'une autre chaîne. C'est le seul journal traduit. Ils
subissent la propagande de plein fouet "; puis, de constater, "qu'en fait,
c'est toute la nation ukrainienne qui était sourde et muette. Elle entend
désormais, et cela lui permet de recouvrer la parole
".
La courageuse initiative de Tatiana fait tâche d'huile. Quand elle revient
au studio, elle découvre que ses collègues journalistes ont décidé de
travailler désormais sans la censure.
Les jours
passent. La résistance non-violente orange tient le coup. La rue détient
toujours à Kiev, mais aussi à Krakov, le vrai pouvoir. Mais l'Est du pays,
qui reste très majoritairement "pro-russe", menace de quitter la
République d'Ukraine pour créer son propre État. Ce n'est pas qu'un
chantage. Alors, toujours avec leur méthode de conscientisation, les
partisans minoritaires de Iouchtchenco, à l'Est, se mettent à faire du
porte-à-porte, avec politesse et conviction.
Les jours
passent. Les pays européens donnent de la voix. Poutine est contraint
d'entendre la pression diplomatique. Mais rien ne bouge. À Kiev, les
campeurs se comptent toujours par milliers. Des rassemblements comptent
jusqu'à 200 000 personnes. Iouchtchenco et son équipe tiennent le coup,
cherchant toujours à négocier un troisième tour d'élections.
Pourtant la fatigue est là. Chacun sait, à Kiev qu'il faut durer, que tout
se joue au moral. Fin novembre, des trains entiers venant de l'Est de
l'Ukraine se mettent à déverser des "contre-manifestants agitant des
drapeaux bleu et blanc, les couleurs de Ianoukovitch". Ce sera l'une des
erreurs du candidat pro-russe. Ses partisans ne rencontrent pas des
"capitalistes haineux". Des dialogues s'instaurent. Tout le monde apprend
à débattre politique. Nombreux sont les contre-manifestants à repartir
chez eux après avoir fraternisé avec les campeurs. Pourtant, sous les
tentes, "bronchites et pharyngites se multiplient, le service médical ne
désemplit pas, il est même dépassé
".
Des
concerts de musique se donnent dans toute la ville. Des orthodoxes
pratiquants, surtout du 3ème âge, prient en pleine rue, devant des icônes
fleuries pour l'occasion. L'une des raisons vient du fait que la majorité
des popes regardent d'un sale œil la Révolution Orange, leurs "églises ne
lui sont pas ouvertes", car le patriarcat de Kiev est en amitié profonde
depuis des siècles avec le patriarcat de Moscou. Ceci explique que la
majorité des popes d'Ukraine se veut encore obéissant à Poutine. Mais là
encore, une partie du peuple ukrainien est entrée en dissidence dans la
rue, faisant en quelque sorte de la désobéissance religieuse.
Le
deuxième tour enfin invalidé !
Parce que
le pouvoir réel est dans la rue, que les pressions diplomatiques sont
fortes, la Cour suprême invalide le 12 décembre le second tour. Un
troisième tour est fixé au dimanche 26 décembre, avec les deux mêmes
candidats.
Le 20
décembre, il se passe un événement important. Pour la première fois en
Ukraine, deux candidats à des élections présidentielles débattent ensemble
lors d'une émission télévisée. Cette soirée marque la vie politique en
Ukraine, pas seulement parce que c'est "cravate bleue contre cravate
orange" mais aussi parce que chacun assiste à la naissance d'une pratique
démocratique : le débat contradictoire.
Le
troisième tour du 26 décembre 2004
Les
Ukrainiens retournent donc aux urnes. "L'encre indélébile" de sinistre
mémoire est remplacée par un autre système plus sûr. Tout citoyen en
possession de sa carte d'identité peut voter dans sa ville ou village de
résidence ; on lui remet un coupon, composé de deux parties qui vont
recevoir chacun la signature de l'électeur et d'un officiel du bureau de
vote. Une partie est remise à l'électeur pour qu'il aille dans l'isoloir
puis déposer son bulletin dans une urne transparente, l'autre est
conservée au bureau de vote où il peut pas donc revenir une deuxième fois
le même jour !
L'élection du 26 décembre fait venir en Ukraine 12 000 observateurs
internationaux, venus de 43 pays.
Tout semble s'être bien déroulé. Le résultat donne 52 % pour Iouchtchenco,
44 % pour Ianoukovitch, et 6 % de bulletins blancs. Immédiatement les
tentes orages de Kiev sont démontées. Le candidat "pro-occidental" a donc
gagné les élections.
Il
convient de se réjouir de cette victoire, et pour la démocratie en Ukraine
et pour la force de la non-violence. Mais les résultats du troisième tour
indiquent toutefois que le pays est coupé en deux, que l'idée de nation
est fragile, que l'Ukraine ne peut pas vivre sans son voisin russe.
Iouchtcehnco le mesure si bien, qu'après avoir prêté serment au Parlement
le 23 janvier 2005, il tient à rendre visite à Poutine à Moscou dès le
lendemain. Ioulia Timochenko, la belle femme qui offrait des œillets aux
policiers, est nommée à la tête du gouvernement. Tout commence pour la
nouvelle équipe. La tâche est difficile. Tout le monde sait maintenant que
les avenues de Kiev, et la désormais célèbre place de l'Indépendance ,vont
garder mémoire de la trace d'un peuple qui a enfin réussi à occuper les
lieux pour s'y exprimer librement, avec la force et la logique de l'action
non-violente.
La
révolution orange financée par la CIA ?
Un
article fort intéressant paru dans Le Monde Diplomatique de janvier
04, estime que la Révolution Orange à Kiev, après Belgrade en 2000 et
Tbilissi (Géorgie) en 2003, sont de fait "trois révolutions non-violentes
(qui) renversent un pouvoir honni, corrompu, décadent, tout sauf
démocratique". La suite de l'article insiste sur le rôle des étudiants à
Kiev, de leur organisation Pora ( "C'est l'heure"), laquelle avait
préparée l'arrivée massive des tentes oranges avant le second tour des
élections.
Mais on
apprend aussi dans cet article, si on le ne la savait pas déjà, que des
militants serbes devenus célèbres pour le déboulonnage de Milosevic en
2000, entraînés à l'action non-violente, ont formés en 2003 de jeunes
Géorgiens qui ont déboulonné à leur tout, en toute non-violence, le
président de Géorgie Shevardnadze, après des élections truquées. Or,
affirme cet article du Monde Diplomatique, tout cela n'est
que le fruit d'une "internationale non-violente", où l'on retrouve,
pêle-mêle, Gene Sharp, Jack DuVall ( voir son interview dans ANV n°
133 !), mais surtout différentes Ong nord-américaines, dont une est
présidée par Madeleine Albright. La suite de l'article laisse planer
quelques soupçons, car ,termine l'article, dans ces trois récentes
"révolutions non-violentes, on peut effectivement voir l'action de la
politique étrangère américaine". Après avoir jeté le doute, l'article
poursuit néanmoins avec bon sens, précisant "qu'il est illusoire de
prétendre que l'on puisse importer de l'extérieur des protestations
massives, surtout après une fraude électorale délibérée. Au final, la
décision de suivre ou pas les politiciens appartient au citoyen."
Déjà sur
le même sujet, le sérieux quotidien suisse Le Temps, dans son
édition du 10 décembre, souligne que tout ce qui arrive en Ukraine a été
programmé par des militants non-violents ukrainiens, serbes et géorgiens
qui s'activent "dans une nébuleuse d'activistes internationaux, de
théoriciens de la non-violence et de financiers proches du gouvernement
américain."
Toujours
sur le même sujet, le grand quotidien belge Le Soir titrait dans
son édition du 21 décembre : "L'internationale secrète s'exporte à l'Est".
Le même lien est établi entre le mouvement étudiant serbe Otpor, le
mouvement étudiant géorgien de désobéissance civile Kmara ("Assez")
et le mouvement étudiant Pora de Kiev.
Ces trois
articles ont des sources communes. Il semble tout à fait exact qu'il y ait
eu de multiples "formations de formateurs" (Le Monde
Diplomatique) pour préparer la Révolution Orange, qu'il existe des
connivences réelles entre des Ong nord-américaines et des mouvements
non-violents en Europe orientale, en Afrique du Sud, en Palestine, etc. Le
problème pour nous est de savoir d'où vient l'argent. Contrairement au
dicton, tout argent a une odeur ! Quand on lit attentivement les trois
articles cités, on s'étonne du raccourci saisissant établi par des
journalistes. En résumé, l'argent d'origine nord-américaine qui a servi à
préparer et entretenir trois insurrections non-violentes vient-il de Bush,
de l'actuelle administration américaine, ou d'ailleurs ? On a beau lire
ces articles, ils viennent toujours d'Ong indépendantes, ou alors proche
des démocrates nord-américains, comme c'est le cas pour l'International
Democrat Institut présidée par Madeleine Albright, laquelle a fait
officiellement campagne contre la réélection de Bush. Ce qui est navrant,
c'est qu'une certaine mode journalistique aime à jeter des suspicions dans
leurs manchettes, pour d'ailleurs ensuite les effacer dans le corps de
leurs articles !
Pour
clarifier, les finances des organisations françaises pour la non-violence
sont suffisamment précaires pour ne pas pouvoir être suspectées d'alliance
avec Bush ! Quand des volontaires français s'engagent dans une
Intervention Civile de Paix (ICP), ils reçoivent une formation avant de
partir, heureusement d'ailleurs ! Il existe partout en Europe des
mouvements qui proposent des formations à l'action non-violente, ces
mouvements se connaissent de mieux en mieux entre eux. Il faut s'en
réjouir, et tout cela ne va pas assez vite à notre goût ! En conclusion,
il est heureux que des journalistes découvrent que la non-violence est une
force d'action qui remonte à Gandhi, que les mouvements non-violents
travaillent de plus en plus ensemble, qu'ils organisent des "formations de
formateurs" - ce qui est utile pour l'avenir de la planète-, qu'ils ont
besoin d'argent pour vivre et se développer, qu'ils se soutiennent entre
eux.
Une fois
annihilée la suspicion de soutien financier venant de la CIA (Le Soir),
il faut bien constater que les trois récentes révolutions non-violentes
seraient en fin de compte dangereuses pour tout pouvoir prônant la
violence, même élu démocratiquement. Quand une partie d'un peuple est
capable d'occuper la rue, jour et nuit, avec des méthodes non-violentes,
sur un objectif précis et atteignable, il faut bien comprendre que ce
peuple risque de recommencer si ses dirigeants le déçoivent ou le
trahissent. Quand une partie d'un peuple accepte de suivre les consignes
d'étudiants organisés et formés à l'action non-violente, il faut bien se
dire que la partie de ce peuple n'est pas prête de l'oublier, et qu'elle
est à même d'entraîner de nouvelles personnes "dans l'internationale pour
la non-violence", à commencer par ses plus proches.
Les
éléments forts qui ont permis la réussite de la Révolution Orange
- La
préparation sur un an des étudiants ukrainiens du mouvement Pora à
la logique de l'action non-violente ;
-
l'objectif précis et atteignable : l'invalidation du second tour de
l'élection présidentielle, puis l'instauration d'un troisième tour sans
fraude ;
- un
responsable politique estimé depuis longtemps par beaucoup pour son
courage contre la corruption : Iouchtchenco ;
- la
présence de journalistes étrangers à Kiev, la capitale, pour médiatiser
les manifestations ;
- la
capacité des manifestants à braver avec humour le froid, la neige, jour et
nuit. "S'ils décident de vivre ça, c'est bien qu'ils ont une sérieuse
raison de le faire";
- des
consignes claires : "ni injure, ni jet de pierre, ni arme, on reste là
jusqu'à un troisième tour de scrutin . En cas d'attaque policière :
sit-in. Si j'ai trop peur, je quitte les lieux . Si je me fais matraquer,
je ne riposte pas. Si on m'emmène en prison, je chante" ;
- la
répétition d'actions bloquant le Parlement, la Commission électorale, la
Palais présidentiel ;
-
l'aptitude à vouloir discuter posément avec les partisans de Ianoukovitch.
Les
manifestations pour le troisième tour des élections ont réussi à se faire
dans une dynamique non-violente. Imaginons que des grenades aient été
lancées et explosent au milieu des policiers, que serait-il advenu ? Le
pouvoir aurait alors prétexté la légitime défense de ses policiers pour
justifier une répression sanglante. Rien de tel ne s'est passé.
La nation
ukrainienne sort ébranlée de ces semaines de lutte. L'envergure de la
victoire électorale est faible avec ses 52 %. Mais les vainqueurs n'ont
pas à regretter des mensonges ou des actes de violence qui nuiraient
maintenant à Iouchtchenco. Fort de ce constat, il a de bonnes cartes en
main pour tenter de concilier l'ensemble des Ukrainiens autour d'une vie
politique démocratique, sans corruption.
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