Le non que la non-violence oppose à la violence
est un non de résistance.
La non-violence est certes abstention,
mais cette abstention exige elle-même l'action.

Jean-Marie Muller

    

   Décès d' Ibrahim Rugova - communiqué du MAN
 

 

 

 

Communique du Mouvement pour une Alternative Non-violente, mercredi 25 janvier 2006

Mouvement pour une Alternative Non-Violente
114 rue de Vaugirard75006 PARIS
Tel: 01.45.44.48.25
e-mail: manco@free.fr

Ibrahim Rugova, mort d'un résistant non-violent

Le Mouvement pour une Alternative Non-violente salue la mémoire du Président Ibrahim Rugova.

Le MAN a soutenu la lutte non-violente menée par les Albanais du Kosovo sous la conduite d’Ibrahim Rugova depuis le début des années 1990.

En tant que membres du MAN, lorsque nous allions en mission au Kosovo, nous ne manquions pas de rendre visite au président Rugova. Il manifestait un certain plaisir à nous recevoir, sans doute cela lui rappelait-il le temps paisible où il suivait les cours de Roland Barthes à l’Ecole des Hautes Etudes des Sciences Sociales. Avec nous il pouvait, sans trop de contrainte, parler des inquiétudes qu’il éprouvait pour les habitants de la province soumis au sévère apartheid du pouvoir de Belgrade ; il parlait aussi de son espoir d’indépendance pour le Kosovo. Il est décédé le 21 janvier 2006, à quelques jours de voir cet espoir se concrétiser.

Le 16 août 1993, Ibrahim Rugova nous disait : « Nous sommes entrés dans la non-violence à cause des contraintes de la situation, pas avec un programme prédéfini. C’est un choix autant qu’une nécessité.[…] Par le biais de cette résistance active fondée sur la non-violence et la solidarité, nous nous sommes organisés comme communauté albanaise ». Depuis trois ans, il menait cette lutte. Nous étions venus découvrir ce qui se passait en ex-Yougoslavie, pour réagir aux violations des droits humains qui y était perpétrées et soutenir la volonté de résistance non-violente.

Au cours des années qui suivirent, nous avons admiré le courage et la persévérance d’Ibrahim Rugova face aux adversités de tous types, celles de Milosevic et de ses lieutenants, celles des Albanais de la province écrasés, torturés et révoltés, celle de l’armée de libération du Kosovo (UCK), celles des nations occidentales faisant des promesses mais restant passives, malgré la dégradation de la situation.

Nous avons aussi admiré ce que sous sa direction, avec l’aide de quelques compagnons fidèles, comme Fehmi Agani ou Anton Cetta, les Albanais du Kosovo avaient pu réaliser entre 1989 et 1993 :

Ø                  Réconciliation pour éradiquer la vendetta dans une région où elle était une interprétation du droit coutumier

Ø                  Création de nombreux partis, associations, unions, instituts, comités, ligues, témoignant du dynamisme et de la volonté de la population à réagir face à l’adversité

Ø                  Organisation de la non-coopération et de la désobéissance civile face au pouvoir injuste de Milosevic

Ø                  Elaboration d’un programme constructif conduisant à un remarquable réseau de structures parallèles à celles du pouvoir de Belgrade. Ces structures étaient particulièrement développées dans le domaine de l’éducation, mais aussi très efficace dans ceux de la santé, du service social, de l’économie, de l’administration politique municipale, nationale et internationale.

Cette organisation, ce programme et les actions qui en découlaient ont été pour les Albanais du Kosovo les moyens pour surmonter leurs difficultés, au lieu d’être terrassé par elles. Ils ont été pour eux l’occasion de développer leur créativité, leurs solidarités, leur esprit de résistance, leur pratique de la non-violence. Ils ont aussi été l’occasion de se prouver à eux-même qu’ils étaient capables, dans des conditions difficiles, de s’organiser pour fonctionner et de fonctionner sans le pouvoir de Belgrade.

Cette dynamique a été cassée par les maladresses et les erreurs commises par les diplomaties des puissances occidentales au moment des accords de Dayton sur la Bosnie fin 1995. Erreurs qui entrainèrent le développement des actions violentes de l’UCK, puis la guerre de l’OTAN en 1999.