Au nom du Conseil d’Administration et de tous
les adhérents de l’association, je tiens à vous faire partager notre
émotion :
- de vous
voir si nombreux participer à cet événement associatif de dimension
régionale, l’inauguration du Centre de ressources sur la non-violence de
Midi-Pyrénées.
- d’avoir pu
concrétiser, quelques mois après la création de l’association, l’ouverture
de ce local qui nous permet de commencer à organiser nos activités et à
mettre en œuvre nos objectifs
- de sentir
depuis plusieurs mois, monter cet intérêt, cette curiosité pour la
non-violence, alors que l’actualité nous montre chaque jour davantage les
ravages de la violence aux quatre coins du monde, mais aussi dans nos
écoles, nos quartiers et nos familles.
Notre
conviction
Ce Centre de
ressources sur la non-violence est né de la conviction de citoyens que la
violence n’est pas une fatalité tant sur le plan international que dans
notre vie quotidienne.
Il est né de
la conviction de citoyens qui estiment que les réponses habituelles pour
faire face à la violence ont largement montré leur inefficacité. La
violence, on le sait, alimente la spirale des revanches et des vengeances,
et n’apporte que des déceptions et des désillusions. La violence est
essentiellement une impatience qui ne résout pas les problèmes à long terme.
Il est né de
la conviction de citoyens qui ont pris au sérieux le message et le combat de
ceux qui ont su défendre efficacement la dignité de l’homme par des moyens
qui ne la renient pas. Hier, Gandhi, Martin Luther King, les mères de la
place de Mai en Argentine, les dissidents d’Europe de l’Est qui ont ouvert
la voie à la chute du mur de Berlin, pour n’en citer que quelques-uns ; et
aujourd’hui en Birmanie, le combat courageux et non-violent de Aung San Suu
Kyi, des paysans sans terre au Brésil ou en Inde et bien d’autres exclus et
opprimés qui ont la lucidité, l’intelligence et le courage de défendre leurs
droits par les méthodes de la lutte non-violente.
Il est né de
la conviction de citoyens qui considèrent que la non-violence apporte une
espérance aux hommes dans ce monde dominé par la culture de la violence et
la culture des armes.
Il est né de
la conviction de citoyens que l’avenir, c’est précisément d’investir dans la
non-violence, que l’avenir c’est de donner les moyens qui jusqu’à maintenant
ont fait défaut à la non-violence afin qu’elle exprime toutes ses
potentialités dans nos quartiers, nos écoles, nos familles, mais aussi dans
les conflits internationaux.
Un enjeu de
civilisation
Car l’enjeu
de société, l’enjeu de civilisation est de savoir si nous saurons enfin
sortir de la culture de la violence dominante qui enferme les individus, les
communautés, les nations dans cette seule alternative : violence ou lâcheté.
Nous disons qu’il existe un autre choix qu’il nous appartient d’imaginer, de
nous approprier, si inévitablement nous ne voulons pas, faute de mieux,
n’avoir que les instruments de la violence pour faire face à la violence des
autres.
Et si nous
n’apprenons pas, dès l’enfance, dès l’école, à résoudre nos conflits
autrement que par la violence, il ne faut pas s’étonner que celle-ci
devienne la règle alors qu’elle ne devrait être que l’exception vécue comme
un échec.
L’enjeu de
civilisation est de savoir si nous saurons construire une culture de
non-violence au service d’une société du respect de l’autre et de la
justice.
Dans cette
perspective, construire une culture de non-violence, c’est d’abord refuser
d’entrer dans des processus de justification de la violence, il
s’agit d’abord et avant tout de délégitimer la violence, de déraciner
les ressorts idéologiques sur lesquels elle a bâti son empire et son emprise
sur les hommes pour le plus grand malheur de leur histoire.
La
non-violence, ce n’est pas que le refus de la violence. C’est aussi
apprendre à agir en cohérence avec nos idées. « La fin est dans les moyens
comme l’arbre dans la semence » disait Gandhi.
Dans les
combats politiques, il s’agit tout autant et dans le même mouvement de
résister et de construire par des moyens cohérents avec la fin que l’on
poursuit ; dans les conflits du quotidien, il s’agit de rechercher des
attitudes en cohérence avec les valeurs auxquelles on croit. Et ce n’est pas
seulement une question éthique que de rechercher cette cohérence, mais aussi
une question d’efficacité à long terme. Si la violence est une impatience
qui n’agit que sur le court terme, la non-violence qui s’attaque aux racines
des injustices a vocation à construire l’avenir sur des fondations qui
résistent au temps.
Construire
une culture de non-violence, c’est aussi s’interroger sur la part de
violence que nous générons nous-mêmes individuellement, mais aussi
s’interroger sur la part de violence que nos propres institutions génèrent,
que nos propres établissements scolaires engendrent. Face à ces violences
structurelles et institutionnelles, il nous faudra avoir le courage d’une
démarche exigeante, rigoureuse et elle ne se fera pas sans résistance
interne.
Construire
une culture de non-violence, c’est investir massivement dans l’éducation à
la résolution positive des conflits, dès l’école, dans les familles et dans
les quartiers et chacun peut mesurer tout ce qui reste à faire dans ces
domaines où pourtant il y a urgence.
Un projet
citoyen
Ce Centre de
ressources sur la non-violence se propose justement de mettre à disposition
du plus grand nombre, des éducateurs, des enseignants, des parents, des
outils pédagogiques, des outils de réflexion et de formation,
pour apprendre à gérer autrement les multiples conflits auxquels nous sommes
confrontés.
C’est
pourquoi ce Centre de ressources sera au carrefour de multiples initiatives,
de multiples partenariats avec des associations, des établissements
scolaires, des institutions de la région pour développer un vivre ensemble
sans violence.
La vocation
du Centre de ressources n’est pas de faire à la place des acteurs de
terrain, mais d’intervenir en amont, sur le plan de la réflexion, de la
formation, de l’animation, pour permettre à ces acteurs de s’approprier
la non-violence et la gestion positive des conflits et d’agir
positivement sur le terrain là où les problèmes sont à résoudre.
Ce projet
citoyen, il s’est développé grâce à la mobilisation, à la participation de
nombreuses personnes dont beaucoup sont membres de différents réseaux
associatifs sur la ville, l’agglomération toulousaine et la région.
Nous
approchons de la barre symbolique des cents adhérents et si j’en juge par
l’assistance, nous allons certainement la dépasser aujourd’hui. L’adhésion
est un signe fort de soutien à notre projet, soutien philosophique,
politique et financier.
Il ne faut
pas s’y tromper, malgré les apparences, nous sommes encore loin d’avoir les
moyens de nos ambitions. Et tout l’enjeu des mois et des années à venir sera
de nous mobiliser pour trouver davantage de ressources humaines, financières
et structurelles pour développer nos objectifs, c’est-à-dire être en
capacité de répondre à toute demande de formation, de documentation, de
réflexion et d’outils pédagogiques.
Sachez par
exemple qu’avant cet été, nous aurons mis sur pied un réseau régional
d’une dizaine de formateurs, susceptible de répondre en partenariat
avec le Centre de ressources, à toute demande de formation sur site émanant
d’institutions, d’entreprises, d’associations de la région qui souhaitent
organiser des formations à la gestion positive des conflits.
Le Centre
fonctionne et continuera à fonctionner grâce au travail bénévole de ses
adhérents. Et ce n’est pas le travail qui manque à cette heure de lancement
de nos activités. Je lance d’ailleurs un appel à toutes les bonnes volontés
qui ont un peu de temps et qui souhaitent se rendre utiles. N’hésitez pas à
vous signaler.
Ce projet
citoyen, il trouve une traduction dans les 4 commissions de travail composés
d’adhérents et de membres du Conseil d’administration qui animent les
différents pôles du Centre de ressources : ressources documentaires,
ressources pédagogiques, formations et réflexion. Quand nous parlons de
démarche citoyenne constructive, nous la mettons en œuvre à travers la
participation active d’un grand nombre d’adhérents à la définition et à la
réalisation des objectifs de l’association. Plus du tiers des adhérents
participent déjà à ces commissions de travail.
La dimension
citoyenne et constructive de notre projet, c’est qu’il entend se situer au
carrefour des acteurs de terrain et des institutions, au carrefour des
militants et des élus. Car être responsable de notre point de vue, c’est
certes être au plus près des demandes des acteurs de terrain, mais c’est
aussi élaborer des projets dans un dialogue contradictoire, parfois
conflictuel, mais toujours constructif, avec les institutions et les élus,
dans le respect des exigences et des valeurs qui nous animent.
Aujourd’hui,
et ce n’est pas si courant, des citoyens invitent des élus, des responsables
institutionnels, invitent d’autres citoyens à participer à l’inauguration
d’un lieu dont on espère qu’il contribuera, à sa manière, à faire rayonner
la région, le département et cette ville autour d’une idée neuve, une idée
porteuse d’avenir, la non-violence.
Remerciements
A ce stade,
nous tenons à remercier nos premiers partenaires institutionnels qui
d’emblée nous ont donné un coup de pouce décisif quant à l’ouverture de ce
local et donc au démarrage de nos activités :
En premier lieu :
-
La S.A. Colomiers-Habitat et son directeur, Jean-Michel Gonzalez qui
nous a mis à disposition ce local, et qui le premier a eu l’intuition que ce
projet était porteur d’avenir.
-
La Mairie de Colomiers que nous avons sollicitée pour financer les
travaux d’ouverture sur l’extérieur et de sécurisation du local. Merci Mr le
Maire de votre soutien, et vous ne m’en voudrez pas de rappeler à
l’assistance que vous êtes aussi l’un de nos adhérents de la première heure.
-
Le Crédit Mutuel qui nous a aidés à financer la plaque murale que nous
dévoilerons dans quelques instants.
Remercier ensuite
toutes les personnes et les associations qui nous ont fait dons de matériels
et qui nous ont aidé à aménager ce local depuis le mois de novembre.
Tout
particulièrement les associations :
- Le Club
de prévention spécialisée de l’ACSE et son directeur Patrick Jimena.
(remerciements particuliers pour l’investissement de l’ACSE dans la
structuration de l’association)
-
Colomiers Jumelage et Soutien dont le camion a permis de transporter
l’essentiel du mobilier du local.
Remercier
toutes les personnes, adhérents ou amis, qui ont contribué à rendre ce local
agréable, fonctionnel, même s’il reste encore beaucoup à faire pour son
aménagement.
Ces premiers
partenariats institutionnels et associatifs, cette participation active des
adhérents et des bénévoles, tout cela est très encourageant.
Chacun le
sent bien, face aux défis de la violence, la tâche est immense et ce Centre
de ressources n’est encore qu’une petite goutte d’eau dans l’océan de cette
culture de violence ; mais nous avons la conviction qu’à sa manière, et sans
être particulièrement optimiste - nous restons modeste -, il sera un phare
d’espérance pour tous les chercheurs de vérité et d’authenticité.
Je
terminerai par ces quelques mots de l’une de nos marraine, Simone de
Bollardière, qui compte tenu de son âge et de la distance, ne pouvait être
parmi nous ce soir. Il y a quelques jours, elle m’a transmis au téléphone
ces quelques mots que je vous livre : « La non-violence c’est de
donner du bonheur aux autres ».
Je
vous remercie.