Le non que la non-violence oppose à la violence
est un non de résistance.
La non-violence est certes abstention,
mais cette abstention exige elle-même l'action.

Jean-Marie Muller

    

L'association - Inauguration du 3 avril 2004 - Discours du Président, Alain Refalo

Au nom du Conseil d’Administration et de tous les adhérents de l’association, je tiens à vous faire partager notre émotion :

- de vous voir si nombreux participer à cet événement associatif de dimension régionale, l’inauguration du Centre de ressources sur la non-violence de Midi-Pyrénées.

- d’avoir pu concrétiser, quelques mois après la création de l’association, l’ouverture de ce local qui nous permet de commencer à organiser nos activités et à mettre en œuvre nos objectifs 

- de sentir depuis plusieurs mois, monter cet intérêt, cette curiosité pour la non-violence, alors que l’actualité nous montre chaque jour davantage les ravages de la violence aux quatre coins du monde, mais aussi dans nos écoles, nos quartiers et nos familles.

Notre conviction

Ce Centre de ressources sur la non-violence est né de la conviction de citoyens que la violence n’est pas une fatalité tant sur le plan international que dans notre vie quotidienne.

Il est né de la conviction de citoyens qui estiment que les réponses habituelles pour faire face à la violence ont largement montré leur inefficacité. La violence, on le sait, alimente la spirale des revanches et des vengeances, et n’apporte que des déceptions et des désillusions. La violence est essentiellement une impatience qui ne résout pas les problèmes à long terme.

Il est né de la conviction de citoyens qui ont pris au sérieux le message et le combat de ceux qui ont su défendre efficacement la dignité de l’homme par des moyens qui ne la renient pas. Hier, Gandhi, Martin Luther King, les mères de la place de Mai en Argentine, les dissidents d’Europe de l’Est qui ont ouvert la voie à la chute du mur de Berlin, pour n’en citer que quelques-uns ; et aujourd’hui en Birmanie, le combat courageux et non-violent de Aung San Suu Kyi, des paysans sans terre au Brésil ou en Inde et bien d’autres exclus et opprimés qui ont la lucidité, l’intelligence et le courage de défendre leurs droits par les méthodes de la lutte non-violente.

Il est né de la conviction de citoyens qui considèrent que la non-violence apporte une espérance aux hommes dans ce monde dominé par la culture de la violence et la culture des armes.

Il est né de la conviction de citoyens que l’avenir, c’est précisément d’investir dans la non-violence, que l’avenir c’est de donner les moyens qui jusqu’à maintenant ont fait défaut à la non-violence afin qu’elle exprime toutes ses potentialités dans nos quartiers, nos écoles, nos familles, mais aussi dans les conflits internationaux.

Un enjeu de civilisation

 Car l’enjeu de société, l’enjeu de civilisation est de savoir si nous saurons enfin sortir de la culture de la violence dominante qui enferme les individus, les communautés, les nations dans cette seule alternative : violence ou lâcheté. Nous disons qu’il existe un autre choix qu’il nous appartient d’imaginer, de nous approprier, si inévitablement nous ne voulons pas, faute de mieux, n’avoir que les instruments de la violence pour faire face à la violence des autres.

Et si nous n’apprenons pas, dès l’enfance, dès l’école, à résoudre nos conflits autrement que par la violence, il ne faut pas s’étonner que celle-ci devienne la règle alors qu’elle ne devrait être que l’exception vécue comme un échec.

L’enjeu de civilisation est de savoir si nous saurons construire une culture de non-violence au service d’une société du respect de l’autre et de la justice.

Dans cette perspective, construire une culture de non-violence, c’est d’abord refuser d’entrer dans des processus de justification de la violence, il s’agit d’abord et avant tout de délégitimer la violence, de déraciner les ressorts idéologiques sur lesquels elle a bâti son empire et son emprise sur les hommes pour le plus grand malheur de leur histoire.

La non-violence, ce n’est pas que le refus de la violence. C’est aussi apprendre à agir en cohérence avec nos idées. « La fin est dans les moyens comme l’arbre dans la semence » disait Gandhi.

Dans les combats politiques, il s’agit tout autant et dans le même mouvement de résister et de construire par des moyens cohérents avec la fin que l’on poursuit ;  dans les conflits du quotidien, il s’agit de rechercher des attitudes en cohérence avec les valeurs auxquelles on croit. Et ce n’est pas seulement une question éthique que de rechercher cette cohérence, mais aussi une question d’efficacité à long terme. Si la violence est une impatience qui n’agit que sur le court terme, la non-violence qui s’attaque aux racines des injustices a vocation à construire l’avenir sur des fondations qui résistent au temps.

 Construire une culture de non-violence, c’est aussi s’interroger sur la part de violence que nous générons nous-mêmes individuellement, mais aussi s’interroger sur la part de violence que nos propres institutions génèrent, que nos propres établissements scolaires engendrent. Face à ces violences structurelles et institutionnelles, il nous faudra avoir le courage d’une démarche exigeante, rigoureuse et elle ne se fera pas sans résistance interne.

 Construire une culture de non-violence, c’est investir massivement dans l’éducation à la résolution positive des conflits, dès l’école, dans les familles et dans les quartiers et chacun peut mesurer tout ce qui reste à faire dans ces domaines où pourtant il y a urgence.

Un projet citoyen

Ce Centre de ressources sur la non-violence se propose justement de mettre à disposition du plus grand nombre, des éducateurs, des enseignants, des parents, des outils pédagogiques, des outils de réflexion et de formation, pour apprendre à gérer autrement les multiples conflits auxquels nous sommes confrontés.

C’est pourquoi ce Centre de ressources sera au carrefour de multiples initiatives, de multiples partenariats avec des associations, des établissements scolaires, des institutions de la région pour développer un vivre ensemble sans violence.

La vocation du Centre de ressources n’est pas de faire à la place des acteurs de terrain, mais d’intervenir en amont, sur le plan de la réflexion, de la formation, de l’animation, pour permettre à ces acteurs de s’approprier la non-violence et la gestion positive des conflits et d’agir positivement sur le terrain là où les problèmes sont à résoudre.

Ce projet citoyen, il s’est développé grâce à la mobilisation, à la participation de nombreuses personnes dont beaucoup sont membres de différents réseaux associatifs sur la ville, l’agglomération toulousaine et la région.

Nous approchons de la barre symbolique des cents adhérents et si j’en juge par l’assistance, nous allons certainement la dépasser aujourd’hui. L’adhésion est un signe fort de soutien à notre projet, soutien philosophique, politique et financier.

Il ne faut pas s’y tromper, malgré les apparences, nous sommes encore loin d’avoir les moyens de nos ambitions. Et tout l’enjeu des mois et des années à venir sera de nous mobiliser pour trouver davantage de ressources humaines, financières et structurelles pour développer nos objectifs, c’est-à-dire être en capacité de répondre à toute demande de formation, de documentation, de réflexion et d’outils pédagogiques.

Sachez par exemple qu’avant cet été, nous aurons mis sur pied un réseau régional d’une dizaine de formateurs, susceptible de répondre  en partenariat avec le Centre de ressources, à toute demande de formation sur site émanant d’institutions, d’entreprises, d’associations de la région qui souhaitent organiser des formations à la gestion positive des conflits.

Le Centre fonctionne et continuera à fonctionner grâce au travail bénévole de ses adhérents. Et ce n’est pas le travail qui manque à cette heure de lancement de nos activités. Je lance d’ailleurs un appel à toutes les bonnes volontés qui ont un peu de temps et qui souhaitent se rendre utiles. N’hésitez pas à vous signaler.

Ce projet citoyen, il trouve une traduction dans les 4 commissions de travail composés d’adhérents et de membres du Conseil d’administration qui animent les différents pôles du Centre de ressources : ressources documentaires, ressources pédagogiques, formations et réflexion. Quand nous parlons de démarche citoyenne constructive, nous la mettons en œuvre à travers la participation active d’un grand nombre d’adhérents à la définition et à la réalisation des objectifs de l’association. Plus du tiers des adhérents participent déjà à ces commissions de travail.

La dimension citoyenne et constructive de notre projet, c’est qu’il entend se situer au carrefour des acteurs de terrain et des institutions, au carrefour des militants et des élus. Car être responsable de notre point de vue, c’est certes être au plus près des demandes des acteurs de terrain, mais c’est aussi élaborer des projets dans un dialogue contradictoire, parfois conflictuel, mais toujours constructif, avec les institutions et les élus, dans le respect des exigences et des valeurs qui nous animent. 

Aujourd’hui, et ce n’est pas si courant, des citoyens invitent des élus, des responsables institutionnels, invitent d’autres citoyens à participer à l’inauguration d’un lieu dont on espère qu’il contribuera, à sa manière, à faire rayonner la région, le département et cette ville autour d’une idée neuve, une idée porteuse d’avenir, la non-violence.

Remerciements

A ce stade, nous tenons à remercier nos premiers partenaires institutionnels qui d’emblée nous ont donné un coup de pouce décisif quant à l’ouverture de ce local et donc au démarrage de nos activités :

En premier lieu :

-   La S.A. Colomiers-Habitat et son directeur, Jean-Michel Gonzalez qui  nous a mis à disposition ce local, et qui le premier a eu l’intuition que ce projet était porteur d’avenir.

 

-   La Mairie de Colomiers que nous avons sollicitée pour financer les travaux d’ouverture sur l’extérieur et de sécurisation du local. Merci Mr le Maire de votre soutien, et vous ne m’en voudrez pas de rappeler à l’assistance que vous êtes aussi l’un de nos adhérents de la première heure.

 

-   Le Crédit Mutuel qui nous a aidés à financer la plaque murale que nous dévoilerons dans quelques instants.

Remercier ensuite toutes les personnes et les associations qui nous ont fait dons de matériels et qui nous ont aidé à aménager ce local depuis le mois de novembre.

Tout particulièrement les associations :

- Le Club de prévention spécialisée de l’ACSE et son directeur Patrick Jimena. (remerciements particuliers pour l’investissement de l’ACSE dans la structuration de l’association)

- Colomiers Jumelage et Soutien dont le camion a permis de transporter l’essentiel du mobilier du local.

Remercier toutes les personnes, adhérents ou amis, qui ont contribué à rendre ce local agréable, fonctionnel, même s’il reste encore beaucoup à faire pour son aménagement.

Ces premiers partenariats institutionnels et associatifs, cette participation active des adhérents et des bénévoles, tout cela est très encourageant.

Chacun le sent bien, face aux défis de la violence, la tâche est immense et ce Centre de ressources n’est encore qu’une petite goutte d’eau dans l’océan de cette culture de violence ; mais nous avons la conviction qu’à sa manière, et sans être particulièrement optimiste - nous restons modeste -, il sera un phare d’espérance pour tous les chercheurs de vérité et d’authenticité.

 Je terminerai par ces quelques mots de l’une de nos marraine, Simone de Bollardière, qui compte tenu de son âge et de la distance, ne pouvait être parmi nous ce soir. Il y a quelques jours, elle m’a transmis au téléphone ces quelques mots que je vous livre : « La non-violence c’est de donner du bonheur aux autres ».

 Je vous remercie.