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Environ 90
personnes, parents, enseignants, directeurs d’école, représentants de
la municipalité, ont participé à ce débat public à la salle n° 5 de la
place du Cantal à Colomiers. Ce débat, une première à Colomiers, avait
pour objectif d’initier une réflexion sur les possibilités de
régulation positive des conflits dans les établissements scolaires,
dans un souci de prévention de la violence.
Introduction
Après le mot de bienvenue, le rappel des objectifs de
ce débat et la présentation du Centre de ressources sur la
non-violence, Alain Refalo, président de cette association, propose
quelques repères conceptuels pour clarifier le débat à venir.
q
L’agressivité :
[littéralement veut dire aller vers l’autre,] c’est une énergie, une
force de vie que possède chaque individu, et qui peut s’exprimer de
façon positive ou négative, créatrice ou destructrice. Elle se
distingue de la violence qui est une perversion de l’agressivité.
L’agressivité est nécessaire pour « affronter l’autre » sans violence.
q
Le conflit :
c’est une opposition, une rivalité, un désaccord entre deux personnes
ou deux groupes de personnes ; le conflit fait partie de la vie, mais
le conflit n’est pas la violence. Il peut dégénérer en violences s’il
n’est pas régulé. Bien souvent, nous préférons nier les conflits que
de les assumer. Nous avons une vision négative du conflit, car il est
associé à des logiques « gagnant/perdant ».
q
La
violence :
c’est le dérèglement du conflit ; il y a violence lorsqu’il y a une
souffrance infligée à l’autre. La violence est un viol de l’identité
de l’autre. Dans une perspective de non-violence, il ne peut y avoir
de « bonnes violences », (surtout dans un cadre éducatif) même pour
une juste cause.
q
La
non-violence :
C’est la recherche d’une attitude de respect envers l’autre,
d’affirmation de soi sans violence. La non-violence n’est pas la
négation de la violence, mais une opposition résolue à la violence
avec d’autres « armes » que la violence. C’est aussi une stratégie
d’action collective pour lutter contre des injustices. Délégitimer la
violence, c’est refuser toutes les justifications derrière lesquelles
nous nous abritons pour légitimer le recours à la violence.
La soirée
s’est articulée autour de quatre grandes parties : Les témoignages,
les questions, les actions mises en œuvre et les propositions.
1.
Les témoignages
(regroupés en quatre thèmes)
1. La
violence
q
Des enfants
sont perturbés par la violence à l’école, même si elle n’est pas
personnellement subie
q
Ma fille
qui avait laissé tomber ses perles précieuses dans la cour a été
taquinée par un garçon. Elle l’a griffé, il a répondu par un coup de
poing. Elle a eu du mal a raconter l’histoire. Les parents sont
démunis…
q
Il y a
d’autres violences que verbales ou physiques. Il y a l’exclusion, la
violence morale.
q
Il existe
aussi de la violence de situation due au stress, à la « vitesse » de
la vie, à la lourdeur et à la difficulté des emplois du temps
(collèges et lycées)
q
La violence
apparaît souvent suite à une incompréhension de la différence, suite à
la moquerie.
q
L’incompréhension est source de violence.
2. La
prévention de la violence
q
Les enfants
sont le miroir des parents : ils reproduisent souvent l’attitude des
parents face à une situation de conflit ou de violence.
q
Importance
du dialogue et de la gestion des problèmes de violence
q
La violence
est aussi liée aux conditions d’accueil (ex. un enfant qui passe de la
crèche/de l’environnement familial à la maternelle dans une classe de
25 élèves)
3. Les
réactions face à la violence
q
Suite à la
plainte et au malaise d’un enfant face à une agression, il s’est
libéré quand il s’est rendu compte que les adultes (enseignants)
prenaient ce problème en compte, le gérait. Le fait que les parents
parlent aux enseignants a rassuré l’enfant.
q
Les adultes
ne sont pas assez à l’écoute des enfants. Pour les rassurer, ils
essayent de minimiser les problèmes et empêchent les enfants
d’extérioriser leurs angoisses.
q
Lorsqu’il y
a des conflits à l’école, les enseignants recherchent le dialogue avec
les parents, et pas le conflit.
4. Les
punitions / sanctions
q
Souvent les
enfants réclament une sanction suite à un acte de violence. Le respect
des règles est important pour eux.
q
La sanction
est différente de la punition (= humiliation)
2. Les questions
(Il n’a pas été donné de réponses à ces questions au cours de la
soirée. C’est pourquoi des éléments de réponses sont proposés dans ce
compte-rendu, rédigés par le Centre de ressources sur la non-violence)
1. La
violence
q
Existe-t-il
2 sortes de violence ? (ex. violence existante dans le caractère des
enfants en opposition à la violence de situation)
q
Quand
commence la violence ?
q
Est-ce que
cracher est un acte de violence ?
Eléments de
réponse :
Multiples sont les formes de violence. Il existe des violences
« institutionnelles » qui engendrent des injustices, de l’oppression
et qui peuvent entraîner des comportements de violence de la part des
individus concernés. La violence commence quand la dignité de la
personne est atteinte par la souffrance qu’elle subit. Un tremblement
de terre n’est pas violent dans le sens où il n’y a pas intention de
faire violence et de faire mal. La violence est toujours de la
responsabilité de l’homme. Cracher est plutôt un acte d’incivilité,
une atteinte au respect dû aux autres, mais n’est formellement pas une
violence, sauf si le crachat est dirigé contre une personne dans le
but de l’humilier.
2. La
prévention de la violence
q
Comment
aborder le sujet de la violence avec les enseignants quand on est
parent ?
q
Explique-t-on assez la violence aux enfants ?
q
Quelles
sont les bonnes attitudes à avoir avant la violence ?
q
Doit-on
inciter les enfants à « se défendre » ?
q
La société
est violente, comment laisser cette violence « à la porte » de
l’école ? Quels sont les moyens à disposition de la société, de
l’éducation nationale ?
Eléments de
réponse :
Les
parents se sentent démunis face à la violence qui se manifeste parfois
dans l’école. L’école n’est malheureusement pas un « sanctuaire » où
la violence serait absente. Dire à son enfant qu’il doit « se
défendre » en cas d’agression va être interprété par l’enfant comme
une autorisation à rendre coup pour coup (sauf si le parent explique
qu’on peut se défendre sans faire violence à l’autre). Quelle que soit
la raison, l’école ne peut cautionner ce genre d’attitude, puisque sa
mission est d’apprendre aux enfants à répondre par la parole plutôt
que par le poing. Ce qui nécessite une éducation, dès l’école, à la
gestion positive des conflits. Il est important de parler de la
violence aux enfants, en famille, à l’école. Non pas pour donner de
mauvaises idées, mais pour montrer les limites de ce qui est
acceptable et de ce qui ne l’est pas. Distinguer conflit et violence
est déjà un premier pas. Apprendre à réagir sans violence à une
agression, est une autre étape. La prévention de la violence est
indissociable d’un apprentissage du vivre ensemble dans le respect,
mais cette éducation à la non-violence ne peut être efficace que si
les méthodes pédagogiques sont elles-mêmes en cohérence avec
l’objectif poursuivi. « L’éducation à la non-violence commence par la
non-violence de l’éducation » (Jean-Marie Muller).
3. Les
réactions face à la violence
q
Quelle doit
être l’attitude des parents face à l’agression de son enfant ?
q
Comment
faire comprendre aux parents la violence qui existe au lycée quand on
est enseignant ?
q
Que faire
face à l’agressivité verbale subie par nos enfants ?
q
Comment
répondre à un enfant qui est sensible à la violence à l’école ?
q
Doit on
associer la violence et la sévérité quand on est enseignant ?
q
Comment
dialoguer face à une personne violente qui refuse le dialogue ?
Eléments de
réponse :
Face
à la violence subie par son enfant, l’émotion légitime doit cependant
laisser la place à la réflexion et au dialogue. Bien sûr, tout
comportement de violence doit être sanctionné par l’établissement
selon ses propres règles. Cependant, les responsabilités sont parfois
multiples quand un acte de violence est commis dans un établissement.
D’où l’importance du dialogue. Il existe aussi des situations
institutionnelles vécues comme des violences par les élèves (surtout
en collège et au lycée). Ne pas l’admettre, c’est éluder une partie du
problème. Si toute violence est inexcusable, il nous faut cependant
faire l’effort de comprendre pourquoi elle se manifeste, notamment
dans l’école. Là encore, il serait important de créer des espace de
parole et de rencontre entre élèves, entre enseignants et élèves,
entre enseignants et parents pour travailler ensemble sur ces
questions. Face à une personne « violente » qui refuse tout dialogue,
il n’y a pas de recettes miracles, mais il est possible de faire
tomber la tension de la personne par des mots et des attitudes
appropriés qui permettent d’entendre sa colère et de la canaliser.
4. Les
punitions / sanctions
q
Doit-on
punir la violence ? Et si oui, qui doit le faire ?
q
Faut-il
punir la violence de la même manière selon les enfants ?
q
Est-ce que
punition est synonyme de violence ?
q
Doit-on
sanctionner / punir les enfants violents ?
Eléments de
réponse :
Il
importe de distinguer la punition de la sanction. La punition (du
latin punire qui veut dire se venger) est une forme de contre-violence
exercée à l’égard de celui qui a transgressé la règle commune. La
punition peut humilier, exclure et peut faire mal. La sanction,
nécessaire quand l’enfant transgresse la loi, a pour visée de rétablir
la primauté de la loi. Elle a une finalité éducative, et non pas
répressive. Elle vise à responsabiliser celui qui a commis
l’infraction et à l’amener à réparer le mal commis afin qu’il soit
réintégré dans le groupe. Les sanctions comme les règles de vie
doivent autant que faire se peut être élaborées par les élèves sous
l’autorité de l’enseignant qui ne doit pas confondre fermeté avec
sévérité.
3. Des
actions déjà mises en œuvre pour réguler les conflits
Dans la
famille :
q
Plus de
fessées : définir avec l’enfant un code (ex. « la boule de colère » )
pour prévenir que la limite est atteinte et que la fessée va arriver
s’il n’écoute plus.
q
Occuper les
enfants pour canaliser leur énergie
q
Commencer
par gérer le conflit au sein de la famille
q
Réduire
l’influence de la violence de la télévision en limitant la durée
d’écoute
q
Attention à
l’hyper activité imposée aux enfants. Laisser du temps aux enfants,
leur laisser des moments de calme, ne pas les faire « courir » d’une
activité à une autre.
A l’école :
q
Ecrire /
définir des règles de vie avec les enfants
q
Responsabiliser les enfants qui cherchent le conflit
q
Filmer les
enfants pour leur montrer leur agressivité, pour leur faire prendre
conscience de leurs comportements de violence
q
Faire des
réponses cohérentes face à des situations identiques. (Ne pas
sanctionner un jour puis laisser passer la même situation le
lendemain)
q
En
Angleterre, se développent des formations « d’élèves médiateurs » qui
sont chargés de régler/gérer les conflits dans la cour de récréation.
q
Mise en
place d’un conseil hebdomadaire au sein de la classe afin de
féliciter, critiquer, parler de ce qui ne va pas pour définir ensemble
des solutions.
q
Solution
trouvée pour faire admettre la discipline : mise en place d’une
« charte » de l’engagement de l’élève
q
Mise en
place d’une boite à mots / maux
q
Pour les
plus petits, mise à disposition du « coussin de la colère » pour
qu’ils se libèrent de leur trop plein d’énergie.

Dans le
quartier / la ville :
q
Ne pas
régler les problèmes de violence par le cantonnement des règles dans
les associations, les écoles, les quartiers…mais gérer la violence
dans la globalité de la vie des enfants.
q
Dialoguer
entre adultes autour des jeunes pour mieux les comprendre.
q
Ouvrir un
lieu d’écoute permanent aux enfants et aux parents.
q
Responsabiliser les enfants en leur confiant une tâche (ex : compter
les enfants dans un bus scolaire)
4. Propositions
de travail à venir
q
Faire un
compte rendu de la soirée
q
Proposer
une formation aux enseignants
q
Former un
groupe de travail composé de représentants des parents d’élèves, des
professeurs, de la municipalité et de l’éducation nationale
q
Proposer
des solutions aux parents en ouvrant des lieux d’écoute et de parole
q
Proposer
des groupes de paroles aux seins des écoles, inter école
q
Réorganiser
une soirée débat pour répondre à toutes les questions posées lors de
la première soirée, et pour visionner des vidéos sur les solutions
existantes.
q
La mallette
pédagogique présentée par le Centre de ressources va être présentée à
Mr Tissot, inspecteur d’académie.
q
Etudier la
possibilité de la formation « d’élèves médiateurs » pour les adultes
et enfants que l'association CRNV propose. Elle se déroule sur 3 jours
de formation pour les adultes et 15H00 de formation pour les enfants
et elle peut débuter dès le CE2. Pour les enfants, ils travaillent
l'émotion et les conflits, et expliquent comment réagir.
q
Mr Dumas,
représentant de la municipalité, à affirmé que si un projet commun
Parents/Enseignants était présenté à la mairie, il serait soutenu et
éventuellement financé par la ville de Colomiers.
A la suite de ce
débat, la FCPE et le Centre de ressources sur la non-violence se sont
retrouvés le jeudi 12 mai pour faire le point sur les actions à
engager pour les mois à venir :
-
Rédiger le compte-rendu de la soirée débat et apporter des éléments de
réponses aux questions posées.
-
Envoi de ce compte-rendu à tous les directeurs d'écoles et à toutes
les personnes présentes au débat et à la municipalité.
-
Demander un rendez-vous à François Dumas, maire-adjoint à l’éducation,
pour travailler sur des projets de formation à la gestion non-violente
des conflits pour les animateurs qui interviennent dans les écoles sur
le temps péri-scolaire.
-
Faire connaître la mallette pédagogique aux enseignants des écoles de
Colomiers et demander un rendez-vous à Mr l’Inspecteur de l’Education
Nationale.
-
Demander à la municipalité de financer la tenue du spectacle « Rififi
et médiation » à Colomiers dès la rentrée.
-
Organiser un nouveau débat public à l’automne. |