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 Débat "Comment mieux gérer ensemble les conflits à l'école ?"
 

 

 

 

Débat public

Comment mieux gérer ensemble les conflits à l'école ?

Lundi 4 avril 2005 - Colomiers (31)

Environ 90 personnes, parents, enseignants, directeurs d’école, représentants de la municipalité, ont participé à ce débat public à la salle n° 5 de la place du Cantal à Colomiers. Ce débat, une première à Colomiers, avait pour objectif d’initier une réflexion sur les possibilités de régulation  positive des conflits dans les établissements scolaires, dans un souci de prévention de la violence.

Introduction

                Après le mot de bienvenue, le rappel des objectifs de ce débat et la présentation du Centre de ressources sur la non-violence, Alain Refalo, président de cette association, propose quelques repères conceptuels pour clarifier le débat à venir.

q       L’agressivité : [littéralement veut dire aller vers l’autre,] c’est une énergie, une force de vie que possède chaque individu, et qui peut s’exprimer de façon positive ou négative, créatrice ou destructrice. Elle se distingue de la violence qui est une perversion de l’agressivité. L’agressivité est nécessaire pour « affronter l’autre » sans violence.

q       Le conflit : c’est une opposition, une rivalité, un désaccord entre deux personnes ou deux groupes de personnes ; le conflit fait partie de la vie, mais le conflit n’est pas la violence. Il peut dégénérer en violences s’il n’est pas régulé. Bien souvent, nous préférons nier les conflits que de les assumer. Nous avons une vision négative du conflit, car il est associé à des logiques « gagnant/perdant ».

q       La violence : c’est le dérèglement du conflit ; il y a violence lorsqu’il y a une souffrance infligée à l’autre. La violence est un viol de l’identité de l’autre. Dans une perspective de non-violence, il ne peut y avoir de « bonnes violences », (surtout dans un cadre éducatif) même pour une juste cause.

q       La non-violence : C’est la recherche d’une attitude de respect envers l’autre, d’affirmation de soi sans violence. La non-violence n’est pas la négation de la violence, mais une opposition résolue à la violence avec d’autres « armes » que la violence. C’est aussi une stratégie d’action collective pour lutter contre des injustices. Délégitimer la violence, c’est refuser toutes les justifications derrière lesquelles nous nous abritons pour légitimer le recours à la violence.

La soirée s’est articulée autour de quatre grandes parties : Les témoignages, les questions, les actions mises en œuvre et les propositions.

1.       Les témoignages (regroupés en quatre thèmes)

1. La violence

q       Des enfants sont perturbés par la violence à l’école, même si elle n’est pas personnellement subie

q       Ma fille qui avait laissé tomber ses perles précieuses dans la cour a été taquinée par un garçon. Elle l’a griffé, il a répondu par un coup de poing. Elle a eu du mal a raconter l’histoire. Les parents sont démunis…

q       Il y a d’autres violences que verbales ou physiques. Il y a l’exclusion, la violence morale.

q       Il existe aussi de la violence de situation due au stress, à la « vitesse » de la vie, à la lourdeur et à la difficulté des emplois du temps (collèges et lycées)

q       La violence apparaît souvent suite à une incompréhension de la différence, suite à la moquerie.

q       L’incompréhension est source de violence.

2. La prévention de la violence 

q       Les enfants sont le miroir des parents : ils reproduisent souvent l’attitude des parents face à une situation de conflit ou de violence.

q       Importance du dialogue et de la gestion des problèmes de violence

q       La violence est aussi liée aux conditions d’accueil (ex. un enfant qui passe de la crèche/de l’environnement familial à  la maternelle dans une classe de 25 élèves)

3. Les réactions face à la violence

q       Suite à la plainte et au malaise d’un enfant face à une agression, il s’est libéré quand il s’est rendu compte que les adultes (enseignants) prenaient ce problème en compte, le gérait. Le fait que les parents parlent aux enseignants a rassuré l’enfant.

q       Les adultes ne sont pas assez à l’écoute des enfants. Pour les rassurer, ils essayent de minimiser les problèmes et empêchent les enfants d’extérioriser leurs angoisses.

q       Lorsqu’il y a des conflits à l’école, les enseignants recherchent le dialogue avec les parents, et pas le conflit.

4. Les punitions / sanctions

q       Souvent les enfants réclament une sanction suite à un acte de violence. Le respect des règles est important pour eux.

q       La sanction est différente de la punition (= humiliation)

2.    Les questions     (Il n’a pas été donné de réponses à ces questions au cours de la soirée. C’est pourquoi des éléments de réponses sont proposés dans ce compte-rendu, rédigés par le Centre de ressources sur la non-violence)

1. La violence

q       Existe-t-il 2 sortes de violence ? (ex. violence existante dans le caractère des enfants en opposition à la violence de situation)

q       Quand commence la violence ?

q       Est-ce que cracher est un acte de violence ?

Eléments de réponse : Multiples sont les formes de violence. Il existe des violences « institutionnelles » qui engendrent des injustices, de l’oppression et qui peuvent entraîner des comportements de violence de la part des individus concernés. La violence commence quand la dignité de la personne est atteinte par la souffrance qu’elle subit. Un tremblement de terre n’est pas violent dans le sens où il n’y a pas intention de faire violence et de faire mal. La violence est toujours de la responsabilité de l’homme. Cracher est plutôt un acte d’incivilité, une atteinte au respect dû aux autres, mais n’est formellement pas une violence, sauf si le crachat est dirigé contre une personne dans le but de l’humilier.

2. La prévention de la violence

q       Comment aborder le sujet de la violence avec les enseignants quand on est parent ?

q       Explique-t-on assez la violence aux enfants ?

q       Quelles sont les bonnes attitudes à avoir avant la violence ?

q       Doit-on inciter les enfants à « se défendre » ?

q       La société est violente, comment laisser cette violence « à la porte » de l’école ? Quels sont les moyens à disposition de la société, de l’éducation nationale ?

Eléments de réponse : Les parents se sentent démunis face à la violence qui se manifeste parfois dans l’école. L’école n’est malheureusement pas un « sanctuaire » où la violence serait absente. Dire à son enfant qu’il doit « se défendre » en cas d’agression va être interprété par l’enfant comme une autorisation à rendre coup pour coup (sauf si le parent explique qu’on peut se défendre sans faire violence à l’autre). Quelle que soit la raison, l’école ne peut cautionner ce genre d’attitude, puisque sa mission est d’apprendre aux enfants à répondre par la parole plutôt que par le poing. Ce qui nécessite une éducation, dès l’école, à la gestion positive des conflits. Il est important de parler de la violence aux enfants, en famille, à l’école. Non pas pour donner de mauvaises idées, mais pour montrer les limites de ce qui est acceptable et de ce qui ne l’est pas. Distinguer conflit et violence est déjà un premier pas. Apprendre à réagir sans violence à une agression, est une autre étape. La prévention de la violence est indissociable d’un apprentissage du vivre ensemble dans le respect, mais cette éducation à la non-violence ne peut être efficace que si les méthodes pédagogiques sont elles-mêmes en cohérence avec l’objectif poursuivi. « L’éducation à la non-violence commence par la non-violence de l’éducation » (Jean-Marie Muller).

3. Les réactions face à la violence

q       Quelle doit être l’attitude des parents face à l’agression de son enfant ?

q       Comment faire comprendre aux parents la violence qui existe au lycée quand on est enseignant ?

q       Que faire face à l’agressivité verbale subie par nos enfants ?

q       Comment répondre à un enfant qui est sensible à la violence à l’école ?

q       Doit on associer la violence et la sévérité quand on est enseignant ?

q       Comment dialoguer face à une personne violente qui refuse le dialogue ?

Eléments de réponse : Face à la violence subie par son enfant, l’émotion légitime doit cependant laisser la place à la réflexion et au dialogue. Bien sûr, tout comportement de violence doit être sanctionné par l’établissement selon ses propres règles. Cependant, les responsabilités sont parfois multiples quand un acte de violence est commis dans un établissement. D’où l’importance du dialogue. Il existe aussi des situations institutionnelles vécues comme des violences par les élèves (surtout en collège et au lycée). Ne pas l’admettre, c’est éluder une partie du problème. Si toute violence est inexcusable, il nous faut cependant faire l’effort de comprendre pourquoi elle se manifeste, notamment dans l’école. Là encore, il serait important de créer des espace de parole et de rencontre entre élèves, entre enseignants et élèves, entre enseignants et parents pour travailler ensemble sur ces questions. Face à une personne « violente » qui refuse tout dialogue, il n’y a pas de recettes miracles, mais il est possible de faire tomber la tension de la personne par des mots et des attitudes appropriés qui permettent d’entendre sa colère et de la canaliser.

4. Les punitions / sanctions

q       Doit-on punir la violence ? Et si oui, qui doit le faire ?

q       Faut-il punir la violence de la même manière selon les enfants ?

q       Est-ce que punition est synonyme de violence ?

q       Doit-on sanctionner / punir les enfants violents ?

Eléments de réponse : Il importe de distinguer la punition de la sanction. La punition (du latin punire qui veut dire se venger) est une forme de contre-violence exercée à l’égard de celui qui a transgressé la règle commune. La punition peut humilier, exclure et peut faire mal. La sanction, nécessaire quand l’enfant transgresse la loi, a pour visée de rétablir la primauté de la loi. Elle a une finalité éducative, et non pas répressive. Elle vise à responsabiliser celui qui a commis l’infraction et à l’amener à réparer le mal commis afin qu’il soit réintégré dans le groupe. Les sanctions comme les règles de vie doivent autant que faire se peut être élaborées par les élèves sous l’autorité de l’enseignant qui ne doit pas confondre fermeté avec sévérité.

3.  Des actions déjà mises en œuvre pour réguler les conflits

Dans la famille :

q       Plus de fessées : définir avec l’enfant un code (ex. « la boule de colère » ) pour prévenir que la limite est atteinte et que la fessée va arriver s’il n’écoute plus.

q       Occuper les enfants pour canaliser leur énergie

q       Commencer par gérer le conflit au sein de la famille

q       Réduire l’influence de la violence de la télévision en limitant la durée d’écoute

q       Attention à l’hyper activité imposée aux enfants. Laisser du temps aux enfants, leur laisser des moments de calme, ne pas les faire « courir » d’une activité à une autre.

A l’école :

q       Ecrire / définir des règles de vie avec les enfants

q       Responsabiliser les enfants qui cherchent le conflit

q       Filmer les enfants pour leur montrer leur agressivité, pour leur faire prendre conscience de leurs comportements de violence

q       Faire des réponses cohérentes face à des situations identiques. (Ne pas sanctionner un jour puis laisser passer la même situation le lendemain)

q       En Angleterre, se développent des formations « d’élèves médiateurs » qui sont chargés de régler/gérer les conflits dans la cour de récréation.

q       Mise en place d’un conseil hebdomadaire au sein de la classe afin de féliciter, critiquer, parler de ce qui ne va pas pour définir ensemble des solutions.

q       Solution trouvée pour faire admettre la discipline : mise en place d’une « charte » de l’engagement de l’élève

q       Mise en place d’une boite à mots / maux

q       Pour les plus petits, mise à disposition du « coussin de la colère » pour qu’ils se libèrent de leur trop plein d’énergie.

Zone de Texte: Une mallette pédagogique pour les enseignants du primaire
Le Centre de ressources a réalisé une mallette pédagogique de sensibilisation des enseignants à la gestion positive des conflits. Cette mallette qui comprend de nombreux outils de réflexion et d’activités a été présentée lors du débat du 4 avril. Elle est disponible (en location) au Centre de ressources (11 allée de Guérande, Colomiers, Tel : 05 61 78 66 80, 
crnv.midi-pyrenees@wanadoo.fr . Présentation sur le site du Centre : http://www.non-violence-mp.org

 

 

 

 

 

Dans le quartier / la ville :

q       Ne pas régler les problèmes de violence par le cantonnement des règles dans les associations, les écoles, les quartiers…mais gérer la violence dans la globalité de la vie des enfants.

q       Dialoguer entre adultes autour des jeunes pour mieux les comprendre.

q       Ouvrir un lieu d’écoute permanent aux enfants et aux parents.

q       Responsabiliser les enfants en leur confiant une tâche (ex : compter les enfants dans un bus scolaire)
 

4.  Propositions de travail à venir

q       Faire un compte rendu de la soirée

q       Proposer une formation aux enseignants

q       Former un groupe de travail composé de représentants des parents d’élèves, des professeurs, de la municipalité et de l’éducation nationale

q       Proposer des solutions aux parents en ouvrant des lieux d’écoute et de parole

q       Proposer des groupes de paroles aux seins des écoles, inter école

q       Réorganiser une soirée débat pour répondre à toutes les questions posées lors de la première soirée, et pour visionner des vidéos sur les solutions existantes.

q       La mallette pédagogique présentée par le Centre de ressources va être présentée à Mr Tissot, inspecteur d’académie.

q       Etudier la possibilité de la formation « d’élèves médiateurs » pour les adultes et enfants que l'association CRNV propose. Elle se déroule sur 3 jours de formation pour les adultes et 15H00 de formation pour les enfants et elle peut débuter dès le CE2. Pour les enfants, ils travaillent l'émotion et les conflits, et expliquent comment réagir.

q       Mr Dumas, représentant de la municipalité, à affirmé que si un projet commun Parents/Enseignants était présenté à la mairie, il serait soutenu et éventuellement financé par la ville de Colomiers.

A la suite de ce débat, la FCPE et le Centre de ressources sur la non-violence se sont retrouvés le jeudi 12 mai pour faire le point sur les actions à engager pour les mois à venir :

-    Rédiger le compte-rendu de la soirée débat et apporter des éléments de réponses aux questions posées.

-    Envoi de ce compte-rendu à tous les directeurs d'écoles et à toutes les personnes présentes au débat et à la municipalité.

-    Demander un rendez-vous à François Dumas, maire-adjoint à l’éducation, pour travailler sur des projets de formation à la gestion non-violente des conflits pour les animateurs qui interviennent dans les écoles sur le temps péri-scolaire.

-    Faire connaître la mallette pédagogique aux enseignants des écoles de Colomiers et demander un rendez-vous à Mr l’Inspecteur de l’Education Nationale.

-    Demander à la municipalité de financer la tenue du spectacle « Rififi et médiation » à Colomiers dès la rentrée.

-    Organiser un nouveau débat public à l’automne.