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Genes 2001 : Poser les bonnes
questions
par Starhawk
Gênes a été un point tournant pour le
mouvement anti-globalisation. Il est clair maintenant que dans le
premier monde également, il s'agit d'un combat à mort... comme cela
l'a toujours été dans le tiers-monde. Notre réponse tranchera : La
répression nous a-t-elle détruits ou nous a-t-elle renforcés ? Afin de
revenir plus forts, nous avons à comprendre ce qui s'est vraiment
passé là-bas...
Les médias racontent une seule histoire à propos de Gênes : « Un petit
groupe de protestataires violents s'est déchaîné et la police a réagi
de manière excessive. » J'ai entendu des variations sur le même
canevas à l'intérieur même du mouvement : « On aurait permis au Black
Bloc de se déchaîner afin de justifier la violence policière. » Mais
ce n'est pas ce qui est arrivé à Gênes... et si nous construisons le
problème de cette manière, nous resterons fixés aux mauvaises
questions.
Soyons clairs : à Gênes nous avons eu affaire à une campagne
soigneusement orchestrée de terrorisme d'État. Cette campagne a inclus
la désinformation, l'usage d'agents infiltrés et de provocateurs, la
collusion avec des groupes ouvertement fascistes (et je ne veux pas
dire fascistes au sens vague où la gauche utilise parfois le terme, je
veux dire fascistes au sens d'héritiers directs des traditions de
Mussolini et d'Hitler). Cette campagne incluait également le gaz
lacrymogène et le tabassage, une brutalité policière omniprésente, la
torture de prisonniers, la persécution politique des organisateurs. Et
elle incluait aussi un raid de nuit terroriste, contre des gens
endormis, par des forces spéciales qui portaient des T-shirts marqués
« Polizia » sous des sweat-shirts noirs... ils ont cassé des os, brisé
des dents, cogné des crânes de protestataires qui n'avaient pas tenté
de leur résister. Ils ont fait tout cela de manière ouverte, d'une
façon qui signifiait qu'ils n'avaient pas peur des conséquences et
s'attendaient à une protection politique aux échelons les plus élevés.
Cette attente n'implique pas seulement le régime proto-fasciste de
Berlusconi en Italie, mais, par association, le reste du G8, et
spécialement les États-Unis, puisqu'il est avéré aujourd'hui que des
policiers de Los Angeles ont aidé à entraîner les plus brutales des
forces spéciales.
STRATEGIE DE LA TENSION
En Italie, l'usage de tactiques de ce genre a une histoire qui remonte
à la « stratégie de la tension » à laquelle on a eu recours contre la
gauche dans les années 70. En fait, elle remonte encore plus haut,
vers les années 20 et 30 ‑ qui ne semblent pas si éloignées lorsque
vous entendez les prisonniers décrire comment ils ont été torturés
dans des pièces dont les murs arboraient la photo de Mussolini. Cela
remonte peut-être même jusqu'à la Renaissance sinon jusqu'à la Rome
antique. Les mêmes tactiques ont bien sûr été largement utilisées aux
États-Unis et dans d'autres pays. L'Italie a, d'autre part, une
culture politique d'actions de confrontation directe et de combats de
rue avec la police, mais aussi des groupes pacifistes puissants et des
groupes comme les Tute Bianche qui explorent de nouveaux territoires
politiques au‑delà des définitions traditionnelles de la violence et
de la non-violence. Tout cela a construit la scène où se sont joués
les événements de la manifestation contre le G8.
À Gênes, la police a utilisé de manière très efficace le Black Bloc
ou, plus précisément, le mythe et l'image du Black Bloc ‑ et cela pour
ses propres fins, non les nôtres. Certains aspects de la tactique du
Black Bloc ont rendu la chose facile : leur anonymat, les masques et
les signes vestimentaires faciles à identifier, les tactiques de
confrontation auxquelles ils sont prêts, et les dégâts à la propriété
auxquels ils se livrent. Et peut-être, de manière plus significative
encore, leur manque de relations avec le reste de l'action et avec les
organisateurs.
Mais ce n'est pas le Black Bloc qui a été la source du problème à
Gênes. C'est l'État, c'est la police et la violence fasciste. À Gênes,
des actes irresponsables et inadmissibles ‑ quel que soit le point de
vue ‑ ont été commis. Ils ont été attribués aux protestataires alors
que la plupart semblent désormais avoir été commis par la police. Même
lorsque ce n'est pas le cas, les provocateurs de la police étaient si
omniprésents qu'il est impossible de dire ce qui pourrait avoir été
fait par les participants de notre mouvement ou de tenir quiconque
pour responsable. Ainsi, le problème que Gênes nous pose n'est pas «
comment contrôler les éléments violents parmi nous ? », quoique ce
puisse devenir un jour un véritable problème. Le problème est : «
Comment empêcher une nouvelle campagne de mensonges, de violence
instiguée par la police et de représailles ? » Il n'y a pas de réponse
facile à ce problème. La stratégie la plus simple serait d'en revenir
à une forme de non-violence stricte ‑ et c'est ce que beaucoup
proposent. Je ne sais pas pourquoi, mais je résiste à cette réponse.
Je me suis faite depuis longtemps avocate de la non-violence. je n'ai
pas la moindre intention de jeter un jour une brique dans une vitrine,
ou de lancer une pierre sur un flic, et, de manière générale, je
trouve que casser des vitrines et combattre les flics dans une action
de masse est au mieux contre-productif, au pire suicidaire.
Comment pourrait-on utiliser le même mot pour décrire ce qui s'est
passé lors de nos actions, y compris par les éléments les plus
déchaînés de notre mouvement, et ce que les flics ont fait à Gênes ?
Si casser une vitre et riposter lorsque les flics attaquent est de la
« violence », donnez-moi un autre mot, un mot mille fois plus fort,
pour décrire des flics frappant des gens qui ne résistent pas jusqu'à
ce qu'ils tombent dans le coma.
D'autre part j'aime bien le Black Bloc. J'ai été dans beaucoup
d'actions où ils étaient fortement présents. À Seattle, j'étais
vraiment furieuse contre eux à cause de leur décision, qui me semblait
unilatérale, de rompre des accords que tous les autres avaient
acceptés. À Washington en 2000, j'ai constaté qu'ils se conformaient à
des consignes avec lesquelles ils étaient en désaccord et à la
formulation desquelles ils n'avaient pas participé, et cela m'a
inspiré du respect envers eux. J'ai été assise sous les sabots des
chevaux de la police avec certains d'entre eux lorsque nous avons
arrêté la charge qui balayait une rue pleine de monde, en utilisant
une tactique que Gandhi lui‑même n'aurait pu critiquer. J'ai étouffé
avec eux dans le gaz lacrymogène à Québec, et je les ai vus s'abstenir
de s'attaquer aux biens privés lorsqu'ils ont eu affaire aux
habitants. je suis liée. Oui, il y a eu des moments où certains m'ont
mise en rage, mais ce sont mes camarades et mes alliés dans ce combat
et je ne veux pas les voir exclus ou diabolises. Nous avons besoin
d'eux ou de gens comme eux. Il nous faut de la place dans notre
mouvement pour la rage, l'impatience, la ferveur militante, pour une
attitude qui proclame : « Nous sommes des voyous, des chiens enragés,
et nous allons démolir ce système. » Si nous nous coupons de cela,
nous nous affaiblirons.
DES FORMES DE LUTTE QUI ECHAPPENT A TOUTE CATEGORIE
Nous avons aussi besoin de pacifistes à la Gandhi. Nous avons besoin
d'espace pour la compassion, pour la foi, pour une attitude qui
proclame : « Mes mains feront ceuvre de miséricorde, et non oeuvre de
guerre. » Nous avons besoin de ceux et celles qui refusent de
commettre des violences parce qu'ils ne veulent pas vivre dans un
monde violent.
Et nous avons besoin d'espace pour ceux et celles d'entre nous qui
essaient d'explorer des formes de combat qui échappent à toutes
catégories. Nous avons besoin d'une créativité radicale, d'espace pour
expérimenter, pour fabriquer un nouveau territoire, inventer de
nouvelles tactiques, faire des erreurs.
Il existe des campagnes menées aujourd'hui sur un mode clairement et
strictement non violent. Les consignes y ont été respectées et nul
participant vêtu de noir et jetant des pierres n'a tenté d'y imposer
d'autres tactiques.
Mais les actions dirigées contre les grands sommets ont tiré leur
force d'un éventail politique beaucoup plus large, depuis les
syndicats et les ONG, jusqu'aux anarchistes révolutionnaires. Tous ces
groupes s'arrogent le droit de critiquer les belles grosses cibles que
ces sommets représentent.
Comment créer un espace politique capable d'inclure toutes ces
contradictions et en plus de survivre à la répression intense dont
nous sommes l'objet ? Comment aller là où aucun mouvement social n'est
allé auparavant ?
En tant qu'anarchiste, faire un travail de type policier ne
m'intéresse pas.
Telles sont peut‑être les questions que nous devons vraiment poser.
Dans une situation où il y va de la vie et de la mort, il est très
tentant d'essayer d'exercer plus de contrôle, de fixer des règles, de
se surveiller les uns les autres, de faire retraite vers des terrains
apparemment sûrs. Mais tout ce que je sens me dit que faire retour à
ce qui semble sûr, éprouvé et vrai est une erreur. En tant
qu'anarchiste, faire un travail de type policier ne m'intéresse pas.
Je voudrais appeler chacun à plus de liberté, pas à moins, sachant que
cela signifie aussi une plus grande responsabilité et un plus grand
risque.
Utiliser des provocateurs pour inciter à la violence afin d'en faire
porter le blâme à des dissidents et qu'ils soient prétexte à la
répression est une manière éprouvée, et en général efficace, de
détruire les mouvements radicaux. Mais c'est une stratégie qui mise
sur le familier, le prévisible. Identifier des provocateurs au milieu
de l'action, c'est comme utiliser des produits insecticides contre les
parasites d'un jardin : la toxicité du produit, du soupçon, le secret
et le manque de confiance peuvent être aussi empoisonnants que les
parasites.
Mais les plantes sont capables de résister aux parasites si elles
poussent dans un sol sain. je voudrais suggérer que trois produits
nourriciers peuvent nous rendre plus résistants aux parasites : la
connexion, la solidarité et la créativité.
NOUS DEVONS NOUS CONNECTER
Nous devons nous connecter. Nous ne pouvons plus nous permettre de
mener, lors d'une même manifestation, des combats parallèles mais
déconnectés. Il nous faut énoncer clairement nos intentions et nos
buts pour chaque action, et demander leur soutien aux autres. Il se
peut que nous devions argumenter et lutter les uns avec les autres,
négocier et accepter des compromis. S'accorder clairement à propos des
tactiques à envisager peut parfois être la meilleure manière de faire
obstacle aux provocateurs. Mais les accords ne sont des accords que
lorsque chacun participe à leur production. Si une partie du mouvement
essaie de les imposer, ce ne sont plus des accords mais des décrets,
et de plus des décrets qui ne seront pas respectés et que nous n'avons
pas le pouvoir de faire respecter.
Une telle concertation implique des risques des deux côtés, mais ces
risques doivent être courus, bien sûr de manière intelligente et
réfléchie. Nous devons privilégier la concertation entre nous, plutôt
que notre position par rapport à nos sources de financement ou à notre
culture de sécurité. Si la tactique que j'ai choisie rend impossible
que je parle avec toi, je dois me demander s'il s'agit d'une bonne
tactique pour une action de masse.
Dans ce dialogue, nous devons mener une vraie lutte pour nous
respecter les uns les autres. Personne n'a à revendiquer une position
morale élevée. Nul d'entre nous ne peut fixer unilatéralement
l'agenda, déterminer la forme de ce que nous faisons ou en décréter la
politique. Ceux qui plaident pour la non-violence ‑ dont un des axes
principaux est le respect envers l'adversaire ‑ doivent la pratiquer à
l'intérieur du mouvement. On ne peut pas se borner à disqualifier le
Black Bloc et d'autres groupes militants comme « rebelles négatifs »
ou adolescents immatures qui se défoulent. Ils ont une perspective
politique qui est sérieuse, réfléchie, et qui mérite d'être prise au
sérieux.
Mais cela signifie aussi que les groupes plus militants doivent
arrêter de qualifier ceux qui soutiennent la non‑violence de
bourgeois, passifs et couards. Le courage du Black Bloc est digne de
respect, mais il faut un courage d'un autre genre pour s'asseoir
devant les flics antiémeutes sans bâtons ni pierres ni cocktails
Molotov. Il faut du courage pour agir à visage découvert, pour
s'organiser dans sa propre ville, là où l'on ne peut disparaître, où
l'on doit accepter la conséquence de nos actes. La « non-violence » ne
signifie pas l'absence de confrontation ou « le désir de rester
sagement sur le côté ». L'essence de la lutte politique non violente
est de créer des confrontations intenses ‑ qui révèlent la violence du
système ‑ puis d'en supporter les conséquences.
Dans le climat répressif d'aujourd'hui ‑ lorsque des religieuses de 88
ans sont condamnées à un an de prison pour des actions complètement
pacifiques ‑, les risques de la non-violence peuvent être beaucoup
plus graves que les risques du combat de rue anonyme. Nous avons
également à nous connecter avec une communauté plus vaste, et cela
avant l'événement, pas en réaction, après coup. Nous devons informer
les gens de nos intentions et de ce que les paramètres de l'action
pourraient être. Imaginons que le Black Bloc mette des affiches : « Si
vous voyez un groupe de personnes masquées piller des petits magasins,
brûler des voitures privées et mettre en danger vos enfants,
demandez-leur leur numéro de badge ! Ce sont des flics ! Car nous
sommes le Black Bloc et ce n'est pas ce que nous faisons. » Il nous
faut parler à ceux-qui-ne-sont-pas-déjà-convertis, au porte-à-porte ‑
ne pas leur faire la leçon, mais leur demander comment ils vivent et
comment ils entendent nos questions... afin qu'ils nous soutiennent.
UNE VERITABLE SOLIDARITE
Il nous faut pratiquer une véritable solidarité les uns envers les
autres. La solidarité, ce n'est pas seulement ne pas dénoncer les
autres dans les médias ou faire des veilles pour ceux qui sont gardés
en prison. Cela signifie mettre le bien de tous au-dessus de nos
désirs immédiats et strictement individuels, et même au-dessus de
notre sécurité personnelle. Cela signifie soutenir les intentions et
les buts des uns et des autres, même lorsque nous ne sommes que
partiellement d'accord avec eux... et cela non pas seulement en disant
« fais ton propre truc, et je ferai le mien » mais en prenant vraiment
la responsabilité de nos actions et de l'impact qu'elles ont au-delà
de nous-même ou de notre groupe proche. Une plus grande liberté exige
une plus grande responsabilité.
Dans une action de masse, les décisions individuelles ont un impact
collectif. Certaines tactiques ont le même effet que le type qui
monopolise la parole dans une rencontre : elles prennent tout l'espace
disponible et empêchent les autres d'être entendus. Les flics ne sont
pas amateurs de distinctions fines : si un groupe jette des cocktails
Molotov et brise les vitres des magasins, cela peut affecter la
manière dont la police réagira au groupe pacifiste un bloc plus loin.
Les habitants eux aussi peuvent ne pas saisir la différence subtile
entre brûler la banque du coin et brûler le magasin du quartier.
Ainsi, de même qu'un bavard doit apprendre à se retenir de temps en
temps et à la fermer afin de donner à d'autres la possibilité d'être
entendus, les tactiques de confrontation directe intense doivent
parfois accepter des restrictions dans le seul but de permettre à
d'autres possibilités d'exister. La solidarité concerne ce que nous
faisons dans la rue. Cela signifie se protéger les uns les autres
aussi bien que nous le pouvons, et évidemment ne pas nous mettre
délibérément en danger. Bien sûr, les idées d'un groupe à propos de la
protection peuvent correspondre aux idées d'un autre à propos du
danger. Une barricade peut sembler une protection, mais si votre
stratégie est une désescalade de la tension, une barricade peut en
fait rendre votre situation plus dangereuse. Nous devons respecter nos
choix, ceux des uns et des autres parmi nous.
La solidarité signifie que si je suis assise devant une ligne de flics
antiémeutes, et que vous êtes derrière moi, je peux me fier à vous
pour empêcher la foule de me piétiner et pour ne pas jeter de pierre
pardessus ma tête. Et que si vous enfoncez une ligne de flics et que
je suis derrière vous, je suis là pour vous aider, pas pour vous
retenir. Nous avons le droit de demander la solidarité de tous ceux
qui veulent sortir ensemble dans la rue.
La solidarité concerne également le fait de se tenir les uns les
autres pour responsables, de critiquer ce que nous faisons ensemble
dans le but d'apprendre à partir de nos erreurs et de devenir plus
efficaces. Critiquer n'est pas attaquer : une bonne critique est un
signe de respect, elle veut dire « je sais que toi et moi nous
partageons un intérêt commun à faire mieux marcher les choses ».
ETRE CREATIF
Et peut-être plus que tout, il nous faut être créatifs. Nous pourrions
éventuellement, juste pour activer nos idées, organiser une action
avec une simple consigne : aucune tactique fatiguée, éculée n'est
autorisée. Pas d'arrestation symbolique pour un franchissement de
ligne, pas de briques dans les vitrines de Starbucks. Et s'il vous
plait, s'il vous plaît, pas de chants ennuyeux, recyclés depuis la
guerre du Vietnam ou même avant. À tout le moins ce serait une
expérience de pensée utile.
Nous avons besoin de penser hors des barrières et des boites. Nous
avons besoin de créer l'imprévu, de changer de vêtements, de changer
de tactiques, d'être là où ils ne nous attendent pas, de faire ce
qu'ils ne s'attendent pas que nous fassions. S'ils s'attendent à ce
que nous saccagions les McDonalds, nous serons là à perturber le
service en distribuant de la nourriture gratuite et en demandant à
ceux qui y travaillent comment la globalisation les affecte. S'ils
attendent des militants vêtus de noir, les militants s'habilleront
couleur lavande et les pacifistes mettront en scène les Funérailles de
la Démocratie vêtus dans les voiles noirs du deuil. S'ils s'attendent
à ce que nous marchions tranquillement par groupes de cinq pour nous
faire arrêter, nous disparaîtrons pour réapparaître tout à fait
ailleurs. Si un noyau dur de combattants de rue renverse une barrière,
les religieuses de 88 ans seront les premières à faire intrusion dans
la zone rouge. S'ils transforment un lieu de rencontre en forteresse
et se massent sur les murs, nous nous approprierons le reste de la
ville. S'ils cachent leurs sommets dans des endroits inaccessibles,
nous choisirons notre propre terrain. Ce sont des défis difficiles,
mais les temps eux aussi sont difficiles et cela ne va pas
s'améliorer. J'ai déjà vu trop de mouvements faire scission et
échouer, ou s'exposer à la mort dans des actions toujours plus
extrêmes et suicidaires... ou encore étouffer de moralisme
auto-satisfait. je veux gagner cette révolution. je ne pense pas que
nous ayons les moyens écologiques et sociaux d'en mener une autre si
celle-ci échoue. Et les chances de la gagner sont si minces que nous
ne pouvons pas nous permettre d'être quoi que ce soit d'autre
qu'intelligents, bons stratèges et unis les uns aux autres.
Nous devons être au coude à coude même lorsque nous ne sommes pas
d'accord. Et si nous en sommes capables, si nous pouvons conserver les
différences au sein de notre mouvement, nous aurons alors fait un pas
en avant vers les défis encore plus grands, auxquels nous aurons
affaire lorsque nous aurons gagné et que nous devrons reconfigurer un
monde profondément divers.
NOTES
(1) G8 : la police en accusation Des violences commises par les forces
de l'ordre lors du G8 de Gênes en juillet 2001, on garde avant tout en
mémoire la mort de Carlo Giuliani, ce jeune militant altermondialiste
tué à bout portant par un carabinier. La justice italienne va
prochainement examiner d'autres chapitres sombres de la répression
policière, dont on a pu vérifier depuis qu'elle avait été orchestrée
par le gouvernement Berlusconi. Un juge gênois a fixé au 12 octobre
l'ouverture d'un procès où comparaîtront 45 personnes accusées de
sévices. Parmi elles, un sous-préfet, des policiers, des carabiniers
et des membres de l'administration pénitentiaire de la caserne de
Bolzaneto, où ont été commis la plupart des sévices. Les charges sont
lourdes : ils auraient battu quelque 150 protestataires, pour la
plupart étrangers, les auraient frappés dans les parties génitales,
traînés par les cheveux. Tous les manifestants ont été victimes
d'injures et certains auraient été humiliés en étant contraints de
mettre la tête dans les toilettes et d'aboyer comme des chiens. Ces
accusations sont formulées dans un rapport accablant de 534 pages,
établi par deux juges, qui décrivent « une zone de non-droit » et
déplorent « des comportements graves qui auront du mal à être oubliés
». Selon un bilan officiel, une centaine de personnes ont été blessées
lors de la répression des manifestations de Gênes, mais des sources
rapportées par l'envoyé spécial de l'Humanité à l'époque avaient fait
état de plus de 600 blessés. Paul Falzon, L'Humanité, 18 mai 2005.
(2) Avertissement : Les intertitres et les liens ne sont pas de
Starhawk !
Ce texte est extrait du recueil « PARCOURS D'UNE
ALTERMONDIALISTE » de Starhawk, Traduit par Isabelle Stengers et
Edith Rubinstein; Paru dans la collection « Les Empêcheurs de tourner
en rond », Le Seuil, 2004 - ISBN 2-84671-093-7
Du même auteur, même collection : « Femmes, Magie et Politique ». |