Le non que la non-violence oppose à la violence
est un non de résistance.
La non-violence est certes abstention,
mais cette abstention exige elle-même l'action.

Jean-Marie Muller

    

 Genes 2001 : Poser les bonnes questions

 

 

 

 

Genes 2001 : Poser les bonnes questions

par Starhawk


Gênes a été un point tournant pour le mouvement anti-globalisation. Il est clair maintenant que dans le premier monde également, il s'agit d'un combat à mort... comme cela l'a toujours été dans le tiers-monde. Notre réponse tranchera : La répression nous a-t-elle détruits ou nous a-t-elle renforcés ? Afin de revenir plus forts, nous avons à comprendre ce qui s'est vraiment passé là-bas...

Les médias racontent une seule histoire à propos de Gênes : « Un petit groupe de protestataires violents s'est déchaîné et la police a réagi de manière excessive. » J'ai entendu des variations sur le même canevas à l'intérieur même du mouvement : « On aurait permis au Black Bloc de se déchaîner afin de justifier la violence policière. » Mais ce n'est pas ce qui est arrivé à Gênes... et si nous construisons le problème de cette manière, nous resterons fixés aux mauvaises questions.

Soyons clairs : à Gênes nous avons eu affaire à une campagne soigneusement orchestrée de terrorisme d'État. Cette campagne a inclus la désinformation, l'usage d'agents infiltrés et de provocateurs, la collusion avec des groupes ouvertement fascistes (et je ne veux pas dire fascistes au sens vague où la gauche utilise parfois le terme, je veux dire fascistes au sens d'héritiers directs des traditions de Mussolini et d'Hitler). Cette campagne incluait également le gaz lacrymogène et le tabassage, une brutalité policière omniprésente, la torture de prisonniers, la persécution politique des organisateurs. Et elle incluait aussi un raid de nuit terroriste, contre des gens endormis, par des forces spéciales qui portaient des T-shirts marqués « Polizia » sous des sweat-shirts noirs... ils ont cassé des os, brisé des dents, cogné des crânes de protestataires qui n'avaient pas tenté de leur résister. Ils ont fait tout cela de manière ouverte, d'une façon qui signifiait qu'ils n'avaient pas peur des conséquences et s'attendaient à une protection politique aux échelons les plus élevés. Cette attente n'implique pas seulement le régime proto-fasciste de Berlusconi en Italie, mais, par association, le reste du G8, et spécialement les États-Unis, puisqu'il est avéré aujourd'hui que des policiers de Los Angeles ont aidé à entraîner les plus brutales des forces spéciales.

STRATEGIE DE LA TENSION

En Italie, l'usage de tactiques de ce genre a une histoire qui remonte à la « stratégie de la tension » à laquelle on a eu recours contre la gauche dans les années 70. En fait, elle remonte encore plus haut, vers les années 20 et 30 ‑ qui ne semblent pas si éloignées lorsque vous entendez les prisonniers décrire comment ils ont été torturés dans des pièces dont les murs arboraient la photo de Mussolini. Cela remonte peut-être même jusqu'à la Renaissance sinon jusqu'à la Rome antique. Les mêmes tactiques ont bien sûr été largement utilisées aux États-Unis et dans d'autres pays. L'Italie a, d'autre part, une culture politique d'actions de confrontation directe et de combats de rue avec la police, mais aussi des groupes pacifistes puissants et des groupes comme les Tute Bianche qui explorent de nouveaux territoires politiques au‑delà des définitions traditionnelles de la violence et de la non-violence. Tout cela a construit la scène où se sont joués les événements de la manifestation contre le G8.
À Gênes, la police a utilisé de manière très efficace le Black Bloc ou, plus précisément, le mythe et l'image du Black Bloc ‑ et cela pour ses propres fins, non les nôtres. Certains aspects de la tactique du Black Bloc ont rendu la chose facile : leur anonymat, les masques et les signes vestimentaires faciles à identifier, les tactiques de confrontation auxquelles ils sont prêts, et les dégâts à la propriété auxquels ils se livrent. Et peut-être, de manière plus significative encore, leur manque de relations avec le reste de l'action et avec les organisateurs.

Mais ce n'est pas le Black Bloc qui a été la source du problème à Gênes. C'est l'État, c'est la police et la violence fasciste. À Gênes, des actes irresponsables et inadmissibles ‑ quel que soit le point de vue ‑ ont été commis. Ils ont été attribués aux protestataires alors que la plupart semblent désormais avoir été commis par la police. Même lorsque ce n'est pas le cas, les provocateurs de la police étaient si omniprésents qu'il est impossible de dire ce qui pourrait avoir été fait par les participants de notre mouvement ou de tenir quiconque pour responsable. Ainsi, le problème que Gênes nous pose n'est pas « comment contrôler les éléments violents parmi nous ? », quoique ce puisse devenir un jour un véritable problème. Le problème est : « Comment empêcher une nouvelle campagne de mensonges, de violence instiguée par la police et de représailles ? » Il n'y a pas de réponse facile à ce problème. La stratégie la plus simple serait d'en revenir à une forme de non-violence stricte ‑ et c'est ce que beaucoup proposent. Je ne sais pas pourquoi, mais je résiste à cette réponse. Je me suis faite depuis longtemps avocate de la non-violence. je n'ai pas la moindre intention de jeter un jour une brique dans une vitrine, ou de lancer une pierre sur un flic, et, de manière générale, je trouve que casser des vitrines et combattre les flics dans une action de masse est au mieux contre-productif, au pire suicidaire.

Comment pourrait-on utiliser le même mot pour décrire ce qui s'est passé lors de nos actions, y compris par les éléments les plus déchaînés de notre mouvement, et ce que les flics ont fait à Gênes ? Si casser une vitre et riposter lorsque les flics attaquent est de la « violence », donnez-moi un autre mot, un mot mille fois plus fort, pour décrire des flics frappant des gens qui ne résistent pas jusqu'à ce qu'ils tombent dans le coma.

D'autre part j'aime bien le Black Bloc. J'ai été dans beaucoup d'actions où ils étaient fortement présents. À Seattle, j'étais vraiment furieuse contre eux à cause de leur décision, qui me semblait unilatérale, de rompre des accords que tous les autres avaient acceptés. À Washington en 2000, j'ai constaté qu'ils se conformaient à des consignes avec lesquelles ils étaient en désaccord et à la formulation desquelles ils n'avaient pas participé, et cela m'a inspiré du respect envers eux. J'ai été assise sous les sabots des chevaux de la police avec certains d'entre eux lorsque nous avons arrêté la charge qui balayait une rue pleine de monde, en utilisant une tactique que Gandhi lui‑même n'aurait pu critiquer. J'ai étouffé avec eux dans le gaz lacrymogène à Québec, et je les ai vus s'abstenir de s'attaquer aux biens privés lorsqu'ils ont eu affaire aux habitants. je suis liée. Oui, il y a eu des moments où certains m'ont mise en rage, mais ce sont mes camarades et mes alliés dans ce combat et je ne veux pas les voir exclus ou diabolises. Nous avons besoin d'eux ou de gens comme eux. Il nous faut de la place dans notre mouvement pour la rage, l'impatience, la ferveur militante, pour une attitude qui proclame : « Nous sommes des voyous, des chiens enragés, et nous allons démolir ce système. » Si nous nous coupons de cela, nous nous affaiblirons.

DES FORMES DE LUTTE QUI ECHAPPENT A TOUTE CATEGORIE

Nous avons aussi besoin de pacifistes à la Gandhi. Nous avons besoin d'espace pour la compassion, pour la foi, pour une attitude qui proclame : « Mes mains feront ceuvre de miséricorde, et non oeuvre de guerre. » Nous avons besoin de ceux et celles qui refusent de commettre des violences parce qu'ils ne veulent pas vivre dans un monde violent.

Et nous avons besoin d'espace pour ceux et celles d'entre nous qui essaient d'explorer des formes de combat qui échappent à toutes catégories. Nous avons besoin d'une créativité radicale, d'espace pour expérimenter, pour fabriquer un nouveau territoire, inventer de nouvelles tactiques, faire des erreurs.

Il existe des campagnes menées aujourd'hui sur un mode clairement et strictement non violent. Les consignes y ont été respectées et nul participant vêtu de noir et jetant des pierres n'a tenté d'y imposer d'autres tactiques.
Mais les actions dirigées contre les grands sommets ont tiré leur force d'un éventail politique beaucoup plus large, depuis les syndicats et les ONG, jusqu'aux anarchistes révolutionnaires. Tous ces groupes s'arrogent le droit de critiquer les belles grosses cibles que ces sommets représentent.

Comment créer un espace politique capable d'inclure toutes ces contradictions et en plus de survivre à la répression intense dont nous sommes l'objet ? Comment aller là où aucun mouvement social n'est allé auparavant ?
En tant qu'anarchiste, faire un travail de type policier ne m'intéresse pas.

Telles sont peut‑être les questions que nous devons vraiment poser. Dans une situation où il y va de la vie et de la mort, il est très tentant d'essayer d'exercer plus de contrôle, de fixer des règles, de se surveiller les uns les autres, de faire retraite vers des terrains apparemment sûrs. Mais tout ce que je sens me dit que faire retour à ce qui semble sûr, éprouvé et vrai est une erreur. En tant qu'anarchiste, faire un travail de type policier ne m'intéresse pas.

Je voudrais appeler chacun à plus de liberté, pas à moins, sachant que cela signifie aussi une plus grande responsabilité et un plus grand risque.

Utiliser des provocateurs pour inciter à la violence afin d'en faire porter le blâme à des dissidents et qu'ils soient prétexte à la répression est une manière éprouvée, et en général efficace, de détruire les mouvements radicaux. Mais c'est une stratégie qui mise sur le familier, le prévisible. Identifier des provocateurs au milieu de l'action, c'est comme utiliser des produits insecticides contre les parasites d'un jardin : la toxicité du produit, du soupçon, le secret et le manque de confiance peuvent être aussi empoisonnants que les parasites.
Mais les plantes sont capables de résister aux parasites si elles poussent dans un sol sain. je voudrais suggérer que trois produits nourriciers peuvent nous rendre plus résistants aux parasites : la connexion, la solidarité et la créativité.
 
NOUS DEVONS NOUS CONNECTER

Nous devons nous connecter. Nous ne pouvons plus nous permettre de mener, lors d'une même manifestation, des combats parallèles mais déconnectés. Il nous faut énoncer clairement nos intentions et nos buts pour chaque action, et demander leur soutien aux autres. Il se peut que nous devions argumenter et lutter les uns avec les autres, négocier et accepter des compromis. S'accorder clairement à propos des tactiques à envisager peut parfois être la meilleure manière de faire obstacle aux provocateurs. Mais les accords ne sont des accords que lorsque chacun participe à leur production. Si une partie du mouvement essaie de les imposer, ce ne sont plus des accords mais des décrets, et de plus des décrets qui ne seront pas respectés et que nous n'avons pas le pouvoir de faire respecter.

Une telle concertation implique des risques des deux côtés, mais ces risques doivent être courus, bien sûr de manière intelligente et réfléchie. Nous devons privilégier la concertation entre nous, plutôt que notre position par rapport à nos sources de financement ou à notre culture de sécurité. Si la tactique que j'ai choisie rend impossible que je parle avec toi, je dois me demander s'il s'agit d'une bonne tactique pour une action de masse.
Dans ce dialogue, nous devons mener une vraie lutte pour nous respecter les uns les autres. Personne n'a à revendiquer une position morale élevée. Nul d'entre nous ne peut fixer unilatéralement l'agenda, déterminer la forme de ce que nous faisons ou en décréter la politique. Ceux qui plaident pour la non-violence ‑ dont un des axes principaux est le respect envers l'adversaire ‑ doivent la pratiquer à l'intérieur du mouvement. On ne peut pas se borner à disqualifier le Black Bloc et d'autres groupes militants comme « rebelles négatifs » ou adolescents immatures qui se défoulent. Ils ont une perspective politique qui est sérieuse, réfléchie, et qui mérite d'être prise au sérieux.

Mais cela signifie aussi que les groupes plus militants doivent arrêter de qualifier ceux qui soutiennent la non‑violence de bourgeois, passifs et couards. Le courage du Black Bloc est digne de respect, mais il faut un courage d'un autre genre pour s'asseoir devant les flics antiémeutes sans bâtons ni pierres ni cocktails Molotov. Il faut du courage pour agir à visage découvert, pour s'organiser dans sa propre ville, là où l'on ne peut disparaître, où l'on doit accepter la conséquence de nos actes. La « non-violence » ne signifie pas l'absence de confrontation ou « le désir de rester sagement sur le côté ». L'essence de la lutte politique non violente est de créer des confrontations intenses ‑ qui révèlent la violence du système ‑ puis d'en supporter les conséquences.


Dans le climat répressif d'aujourd'hui ‑ lorsque des religieuses de 88 ans sont condamnées à un an de prison pour des actions complètement pacifiques ‑, les risques de la non-violence peuvent être beaucoup plus graves que les risques du combat de rue anonyme. Nous avons également à nous connecter avec une communauté plus vaste, et cela avant l'événement, pas en réaction, après coup. Nous devons informer les gens de nos intentions et de ce que les paramètres de l'action pourraient être. Imaginons que le Black Bloc mette des affiches : « Si vous voyez un groupe de personnes masquées piller des petits magasins, brûler des voitures privées et mettre en danger vos enfants, demandez-leur leur numéro de badge ! Ce sont des flics ! Car nous sommes le Black Bloc et ce n'est pas ce que nous faisons. » Il nous faut parler à ceux-qui-ne-sont-pas-déjà-convertis, au porte-à-porte ‑ ne pas leur faire la leçon, mais leur demander comment ils vivent et comment ils entendent nos questions... afin qu'ils nous soutiennent.

UNE VERITABLE SOLIDARITE

Il nous faut pratiquer une véritable solidarité les uns envers les autres. La solidarité, ce n'est pas seulement ne pas dénoncer les autres dans les médias ou faire des veilles pour ceux qui sont gardés en prison. Cela signifie mettre le bien de tous au-dessus de nos désirs immédiats et strictement individuels, et même au-dessus de notre sécurité personnelle. Cela signifie soutenir les intentions et les buts des uns et des autres, même lorsque nous ne sommes que partiellement d'accord avec eux... et cela non pas seulement en disant « fais ton propre truc, et je ferai le mien » mais en prenant vraiment la responsabilité de nos actions et de l'impact qu'elles ont au-delà de nous-même ou de notre groupe proche. Une plus grande liberté exige une plus grande responsabilité.

Dans une action de masse, les décisions individuelles ont un impact collectif. Certaines tactiques ont le même effet que le type qui monopolise la parole dans une rencontre : elles prennent tout l'espace disponible et empêchent les autres d'être entendus. Les flics ne sont pas amateurs de distinctions fines : si un groupe jette des cocktails Molotov et brise les vitres des magasins, cela peut affecter la manière dont la police réagira au groupe pacifiste un bloc plus loin. Les habitants eux aussi peuvent ne pas saisir la différence subtile entre brûler la banque du coin et brûler le magasin du quartier. Ainsi, de même qu'un bavard doit apprendre à se retenir de temps en temps et à la fermer afin de donner à d'autres la possibilité d'être entendus, les tactiques de confrontation directe intense doivent parfois accepter des restrictions dans le seul but de permettre à d'autres possibilités d'exister. La solidarité concerne ce que nous faisons dans la rue. Cela signifie se protéger les uns les autres aussi bien que nous le pouvons, et évidemment ne pas nous mettre délibérément en danger. Bien sûr, les idées d'un groupe à propos de la protection peuvent correspondre aux idées d'un autre à propos du danger. Une barricade peut sembler une protection, mais si votre stratégie est une désescalade de la tension, une barricade peut en fait rendre votre situation plus dangereuse. Nous devons respecter nos choix, ceux des uns et des autres parmi nous.

La solidarité signifie que si je suis assise devant une ligne de flics antiémeutes, et que vous êtes derrière moi, je peux me fier à vous pour empêcher la foule de me piétiner et pour ne pas jeter de pierre pardessus ma tête. Et que si vous enfoncez une ligne de flics et que je suis derrière vous, je suis là pour vous aider, pas pour vous retenir. Nous avons le droit de demander la solidarité de tous ceux qui veulent sortir ensemble dans la rue.


La solidarité concerne également le fait de se tenir les uns les autres pour responsables, de critiquer ce que nous faisons ensemble dans le but d'apprendre à partir de nos erreurs et de devenir plus efficaces. Critiquer n'est pas attaquer : une bonne critique est un signe de respect, elle veut dire « je sais que toi et moi nous partageons un intérêt commun à faire mieux marcher les choses ».

ETRE CREATIF

Et peut-être plus que tout, il nous faut être créatifs. Nous pourrions éventuellement, juste pour activer nos idées, organiser une action avec une simple consigne : aucune tactique fatiguée, éculée n'est autorisée. Pas d'arrestation symbolique pour un franchissement de ligne, pas de briques dans les vitrines de Starbucks. Et s'il vous plait, s'il vous plaît, pas de chants ennuyeux, recyclés depuis la guerre du Vietnam ou même avant. À tout le moins ce serait une expérience de pensée utile.

Nous avons besoin de penser hors des barrières et des boites. Nous avons besoin de créer l'imprévu, de changer de vêtements, de changer de tactiques, d'être là où ils ne nous attendent pas, de faire ce qu'ils ne s'attendent pas que nous fassions. S'ils s'attendent à ce que nous saccagions les McDonalds, nous serons là à perturber le service en distribuant de la nourriture gratuite et en demandant à ceux qui y travaillent comment la globalisation les affecte. S'ils attendent des militants vêtus de noir, les militants s'habilleront couleur lavande et les pacifistes mettront en scène les Funérailles de la Démocratie vêtus dans les voiles noirs du deuil. S'ils s'attendent à ce que nous marchions tranquillement par groupes de cinq pour nous faire arrêter, nous disparaîtrons pour réapparaître tout à fait ailleurs. Si un noyau dur de combattants de rue renverse une barrière, les religieuses de 88 ans seront les premières à faire intrusion dans la zone rouge. S'ils transforment un lieu de rencontre en forteresse et se massent sur les murs, nous nous approprierons le reste de la ville. S'ils cachent leurs sommets dans des endroits inaccessibles, nous choisirons notre propre terrain. Ce sont des défis difficiles, mais les temps eux aussi sont difficiles et cela ne va pas s'améliorer. J'ai déjà vu trop de mouvements faire scission et échouer, ou s'exposer à la mort dans des actions toujours plus extrêmes et suicidaires... ou encore étouffer de moralisme auto-satisfait. je veux gagner cette révolution. je ne pense pas que nous ayons les moyens écologiques et sociaux d'en mener une autre si celle-ci échoue. Et les chances de la gagner sont si minces que nous ne pouvons pas nous permettre d'être quoi que ce soit d'autre qu'intelligents, bons stratèges et unis les uns aux autres.

Nous devons être au coude à coude même lorsque nous ne sommes pas d'accord. Et si nous en sommes capables, si nous pouvons conserver les différences au sein de notre mouvement, nous aurons alors fait un pas en avant vers les défis encore plus grands, auxquels nous aurons affaire lorsque nous aurons gagné et que nous devrons reconfigurer un monde profondément divers.


NOTES

(1) G8 : la police en accusation Des violences commises par les forces de l'ordre lors du G8 de Gênes en juillet 2001, on garde avant tout en mémoire la mort de Carlo Giuliani, ce jeune militant altermondialiste tué à bout portant par un carabinier. La justice italienne va prochainement examiner d'autres chapitres sombres de la répression policière, dont on a pu vérifier depuis qu'elle avait été orchestrée par le gouvernement Berlusconi. Un juge gênois a fixé au 12 octobre l'ouverture d'un procès où comparaîtront 45 personnes accusées de sévices. Parmi elles, un sous-préfet, des policiers, des carabiniers et des membres de l'administration pénitentiaire de la caserne de Bolzaneto, où ont été commis la plupart des sévices. Les charges sont lourdes : ils auraient battu quelque 150 protestataires, pour la plupart étrangers, les auraient frappés dans les parties génitales, traînés par les cheveux. Tous les manifestants ont été victimes d'injures et certains auraient été humiliés en étant contraints de mettre la tête dans les toilettes et d'aboyer comme des chiens. Ces accusations sont formulées dans un rapport accablant de 534 pages, établi par deux juges, qui décrivent « une zone de non-droit » et déplorent « des comportements graves qui auront du mal à être oubliés ». Selon un bilan officiel, une centaine de personnes ont été blessées lors de la répression des manifestations de Gênes, mais des sources rapportées par l'envoyé spécial de l'Humanité à l'époque avaient fait état de plus de 600 blessés. Paul Falzon, L'Humanité, 18 mai 2005.

(2) Avertissement : Les intertitres et les liens ne sont pas de Starhawk !

Ce texte est extrait du recueil « PARCOURS D'UNE ALTERMONDIALISTE » de Starhawk, Traduit par Isabelle Stengers et Edith Rubinstein; Paru dans la collection « Les Empêcheurs de tourner en rond », Le Seuil, 2004 - ISBN 2-84671-093-7
Du même auteur, même collection : « Femmes, Magie et Politique ».